Peinture d'un hôpital de fortune

La bourgeoisie est une classe sociale en faillite, une classe condamnée par l’histoire. Ayant autrefois joué un rôle positif en développant les sciences et les forces productives modernes, elle entrave aujourd’hui le progrès de l’humanité en mettant le bagage des connaissances acquises par la civilisation au service du profit privé et de l’exploitation. Elle prône l’obscurantisme lorsque la vérité objective contrevient à ses intérêts de classe. Vivant de l’exploitation des travailleurs, elle empêche les masses d’atteindre des conditions d’existence humainement satisfaisantes, c’est-à-dire des conditions de vie dignes du niveau technique et scientifique atteint par la société. Ayant intérêt à préserver les rapports sociaux actuels pour perpétuer l’accumulation infinie de capital, elle est incapable d’élever le niveau d’organisation sociale afin de satisfaire pleinement les besoins du peuple. Au contraire, le capitalisme, le mode de production dont la bourgeoisie profite, tend à aggraver constamment la situation des prolétaires, et ce, dans tous les domaines de l’existence. L’incapacité de la bourgeoisie mondiale à mettre fin à la pandémie de Covid-19 et à éliminer le virus SARS-CoV-2 des sociétés humaines en est un bon exemple.

Jusqu’à aujourd’hui, l’écrasante majorité des États dans le monde ont été incapables de mettre en place les mesures nécessaires pour protéger les masses de ce fléau. Ayant réussi, bien que de manière beaucoup trop tardive, à se coordonner et à organiser une « pause économique » commune pendant une courte période au début de l’année 2020, les États impérialistes occidentaux se sont contentés par la suite de maintenir des mesures minimales n’entravant pas trop l’accumulation des profits capitalistes, laissant le virus infecter massivement les prolétaires et faire une quantité incroyable de morts et de malades. Selon une estimation de l’OMS tenant compte de la surmortalité observée et non seulement des décès officiellement rapportés, la pandémie a entraîné la mort d’environ 15 millions de personnes dans le monde entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021, soit en deux ans seulement. Selon un calcul effectué par The Economist, le nombre de décès survenus pendant la même période s’approche plutôt de 20 millions. Aux États-Unis seulement, le seuil du million de morts de la Covid-19 a été officiellement franchi le 12 mai dernier. En ce qui concerne le Canada, pas moins de 40 000 personnes au pays avaient été emportées par le virus à la même date.

Cette faillite généralisée des États bourgeois s’explique par la nature même du capitalisme et de ses institutions. D’abord, le classe capitaliste de chaque pays s’est rapidement opposée au déploiement des mesures nécessaires à la lutte contre le virus pour ne pas nuire à ses profits et pour demeurer compétitive face à la concurrence internationale. Ensuite, les systèmes sanitaires eux-mêmes mis en place par la bourgeoisie n’étaient pas suffisamment organisés pour lutter efficacement contre la pandémie. C’est que sous le capitalisme, les instances administratives des États, y compris la santé publique et les ministères de la Santé, ne sont pas façonnées et mobilisées dans le but d’assurer un bien-être maximal à la population : ce sont par essence des appareils de gestion du capital. Dans le cas des institutions publiques de santé, leur fonction est d’abord et avant tout de préserver des conditions sanitaires minimales pour assurer l’entretien de la force de travail et le maintien d’une certaine stabilité sociale, et ce, au plus bas coût possible pour la bourgeoisie. Ces institutions servent aussi à « alimenter » directement le capital en lui offrant des occasions d’investissement, des contrats, des achats massifs de marchandises, etc. Combattre efficacement la pandémie aurait exigé de détourner les ressources nécessaires à la bonne marche des affaires de la bourgeoisie pour les mettre au service des masses populaires, ce que les capitalistes ne pouvaient pas accepter.

Il est vrai que les classes dominantes ont cherché à contenir minimalement la propagation du virus pendant les deux dernières années. Ce n’était pas pour protéger réellement la santé des prolétaires — ce qu’elles n’ont pas fait —, mais pour empêcher qu’une propagation trop rapide du SARS-CoV-2 n’aboutisse à l’effondrement complet des systèmes hospitaliers et ne sème ainsi un chaos menaçant la stabilité de l’ordre bourgeois. Les représentants politiques de la bourgeoisie ont probablement espéré pendant un certain temps pouvoir venir à bout de la Covid-19 (qui constituait tout de même une source de « désagréments » pour le capital) à travers la vaccination de la population, ce qui aurait effectivement pu fonctionner si ce moyen de lutte central avait été combiné avec d’autres mesures efficaces permettant d’empêcher le virus de se propager (telles que la fermeture des lieux de travail non essentiels et des écoles, la distribution généralisée de masques N95 à la population, la ventilation des espaces intérieurs, les campagnes de dépistage à grande échelle, des contrôles sanitaires stricts aux frontières, etc.) et si les vaccins à ARN messager avaient été rendus disponibles rapidement à l’ensemble de la population mondiale (ce qui aurait exigé, entre autres, d’aller à l’encontre des intérêts des monopoles pharmaceutiques comme Pfizer). Or, force est de constater que les classes dominantes ont aujourd’hui complètement capitulé devant le virus et qu’elles ont décidé d’imposer aux peuples de vivre avec ce nouveau fléau de manière permanente.

La bourgeoisie ayant misé presque exclusivement sur la vaccination et n’ayant jamais voulu attendre que la chaîne de transmission du virus soit brisée avant d’ouvrir les vannes de l’économie, la Covid-19 a continué à circuler, y compris chez les vaccinés, et à produire de nouveaux variants dont Omicron, beaucoup plus contagieux que les versions précédentes du virus. Face à ce constat, les représentants des divers États bourgeois ont commencé, vers la fin de l’année 2021 et le début de l’année 2022, à changer de stratégie et à mettre en œuvre la politique de « vivre avec le virus », politique revenant à ne plus rien faire ou presque pour combattre le SARS-CoV-2 et à le laisser s’installer durablement dans la société. Au moment de l’arrivée de la vague Omicron, les politiciens et les médias bourgeois ont prétendu mensongèrement que ce nouveau variant était « bénin » afin de renforcer l’idée selon laquelle le virus évoluerait nécessairement à l’avenir vers des variants de moins en moins virulents, soit une thèse qui n’a aucun fondement scientifique. Faisant preuve de démagogie, les porte-paroles de la bourgeoisie ont également ignoré le fait qu’un variant dont la virulence est moindre à l’échelle individuelle (que ce soit en raison des ses propriétés intrinsèques ou de la protection conférée par la vaccination) peut s’avérer plus dévastateur à l’échelle sociale si sa contagiosité est beaucoup plus élevée. Ainsi, malgré le caractère soi-disant « bénin » d’Omicron, la 5e vague a fait plus de morts au Québec que les 3e et 4e vagues réunies, emportant 1 700 Québécois en moins de deux mois. Les représentants de la bourgeoisie se sont aussi mis à propager la thèse erronée selon laquelle la Covid-19 était en train de devenir « endémique », utilisant ce terme de manière imprécise et malhonnête afin de décrire un changement dans la gestion de la pandémie par les États bourgeois plutôt qu’un changement objectif dans le comportement du virus lui-même. Le but de cette vaste opération de propagande visait surtout à laisser croire aux gens que la Covid-19 deviendrait aussi bénigne que la grippe saisonnière. En réalité, le caractère « endémique » d’un virus signifie que sa transmission est stable, ce qui a peu de chances de se produire avec le virus SARS-CoV-2 qui se transmet par vagues épidémiques. Surtout, dire qu’un virus est « endémique » ne fournit aucun renseignement sur sa prévalence, ni sur l’intensité de la maladie qu’il provoque. Ainsi, des maladies graves telles que le paludisme sont « endémiques » dans plusieurs pays, et cela n’a absolument rien de réjouissant.

Alors que les comparaisons fallacieuses entre la Covid-19 et la grippe avaient surtout émané des mouvements conspirationnistes libertariens depuis le début de la pandémie, la bourgeoisie tout entière s’est mise à rendre cette idée acceptable. De plus en plus d’États se sont mis à déclarer ouvertement qu’ils traiteraient désormais la Covid-19 comme la grippe saisonnière, au point où certains médias ont parlé d’une « grippatisation » de la Covid-19. Pourtant, entre le 1er décembre 2021 et le 9 avril dernier seulement, 8 536 Canadiens sont officiellement morts de la Covid-19, tandis que le nombre de Canadiens mourant de la grippe annuellement était d’environ 3 500 avant la pandémie actuelle, soit sans les mesures sanitaires anti-Covid. Au Québec, le premier ministre Legault est même allé plus loin dans la minimisation de la dangerosité du virus en déclarant : « Si on l’attrape, ça donne un rhume, à peu près ». Ayant réussi à imposer cette nouvelle « réalité » alternative, la bourgeoisie a laissé passer la 6e vague du virus dans l’inaction la plus complète, malgré le fait que cette vague a suscité encore une fois un grand nombre d’hospitalisations et de décès quotidiens. Et à présent, la quasi-totalité des mesures efficaces qui étaient encore en vigueur, telles que le port du masque dans les lieux intérieurs, ont été supprimées. L’abandon complet par les autorités bourgeoises de tout effort pour limiter la transmission du virus est entre autres justifié en invoquant le fait que le peuple serait « fatigué » des mesures sanitaires.

En réalité, le choix effectué par les États bourgeois a été fait sans informer les masses des conséquences réelles de la politique adoptée et sans les consulter le moindrement. Or, en obligeant les travailleurs à « vivre avec le virus », la bourgeoisie est tout simplement en train de leur imposer une dégradation générale de leurs conditions de santé et d’existence. Malgré le fait que les masses ont été largement vaccinées contre le virus — du moins dans les pays riches —, ce dernier constitue encore un réel danger. D’abord, il est désormais établi que l’immunité conférée par la vaccination diminue grandement après quelques mois seulement. Aussi, avec l’arrivée de variants de plus en plus contagieux, les cas de réinfection sont devenus fréquents. Or, les réinfections, qui peuvent maintenant survenir dans un laps de temps aussi court que quelques semaines, ne sont pas nécessairement moins sévères que les infections initiales, certaines études ayant même montré le contraire. Plus encore, la circulation continue du virus risque très bien de faire émerger à l’avenir d’autres variants encore plus dangereux. Selon toute probabilité, on continuera ainsi de se retrouver avec plusieurs vagues par année qui causeront une mortalité élevée et submergeront constamment les systèmes de santé, épuisant toujours plus les travailleurs hospitaliers. Déjà, la Covid-19 a fait chuter l’espérance de vie de 0,4 année en 2020 au Canada, contribuant à une diminution totale de 0,6 année, soit la baisse annuelle la plus importante jamais enregistrée au pays. Aux États-Unis, l’espérance de vie a même baissé de 2,26 années depuis 2020.

Plus encore, malgré la vaccination, les prolétaires continuent d’être touchés de plus en plus massivement par la Covid longue. Cette dernière est une maladie invalidante qui persiste pendant des mois, voire plus longtemps encore après une infection au SARS-CoV-2. Ses symptômes sont très diversifiés (essoufflement, toux, maux de tête, douleurs musculaires, perte du goût et de l’odorat, fatigue, troubles cognitifs, etc.) et leur intensité varie également, allant jusqu’à empêcher d’accomplir des tâches quotidiennes simples. La Covid longue toucherait, selon certaines études, autour de la moitié des personnes infectées par le virus. Le 1er mai dernier, selon le Bureau des statistiques nationales du Royaume-Uni, 2 millions de Britanniques (soit 3,1% de la population du pays) avaient la maladie, dont 826 000 depuis au moins un an et 376 000 depuis au moins deux ans. Aux États-Unis, les experts estimaient en mars dernier que jusqu’à 1,3 millions de personnes ne pouvaient plus travailler à cause de la maladie. Malheureusement, selon une récente étude publiée par Nature, les vaccins actuels réduiraient de seulement 15% le risque de développer la Covid longue. Aussi, il est de plus en plus clair que la Covid-19 peut causer des dommages durables à une multitude d’organes et de systèmes du corps humain (allant du système gastro-intestinal au système nerveux). Selon une étude récente des Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis, un patient de 18 à 64 ans sur cinq (parmi 254 345 patients de centres de santé) ayant survécu à la Covid-19 a développé par la suite une condition médicale telle que des troubles rénaux, respiratoires, musculo-squelettiques, etc. Selon une autre étude parue dans Nature Medicine, le risque de développer une maladie cardiovasculaire dans l’année suivant une infection au SARS-CoV-2 augmente de manière considérable (de 55% en moyenne), y compris chez les jeunes et les non hospitalisés.

La capitulation totale de la bourgeoisie a également été justifiée en présentant aux masses un faux dilemme entre vivre pour toujours avec des mesures sanitaires contraignantes et vivre pour toujours avec le virus. En vérité, il serait absolument possible, d’un point de vue scientifique et technique, d’éliminer le virus des sociétés humaines, ce qui permettrait à la fois d’en finir avec la Covid-19 et avec les mesures contraignantes. C’est justement l’opposition de la bourgeoisie à la mise en œuvre d’une politique d’élimination au cours des deux dernières années qui a fait en sorte que la pandémie et les mesures sanitaires se sont éternisées.

À l’échelle nationale, une telle politique signifie l’application de mesures très strictes pendant une certaine période, suivie d’un relâchement de la plupart des mesures (sauf celles aux frontières qui doivent demeurer très fermes tant que le virus n’est pas éliminé à l’échelle mondiale) une fois que les cas d’infections deviennent nuls et que la transmission est vraiment contrôlée.

La possibilité technique d’appliquer une telle stratégie, que plusieurs appellent « Zéro Covid », a été prouvée par l’exemple de la Chine, pays ayant réussi pour des raisons objectives particulières (notamment la présence d’un secteur étatique encore beaucoup plus développé que celui des « vieux » pays capitalistes en raison du passé socialiste chinois) à limiter les infections et les décès causés par le virus à un niveau extraordinairement bas. Évidemment, les classes dominantes des pays occidentaux dénoncent de plus en plus les mesures extrêmement efficaces de la Chine en les qualifiant de « radicales », voire de « totalitaires ».

Ce n’est évidemment que de la propagande bourgeoise réactionnaire. En fait, le contrôle réussi de l’épidémie par les autorités chinoises a permis à la population du pays de vivre de manière relativement normale à l’intérieur des frontières pendant la majeure partie des deux dernières années, contrairement à ce qui s’est produit en Occident. Surtout, si tous les pays du monde avaient appliqué la politique « Zéro Covid » de la Chine, le virus aurait pu être éliminé complètement des sociétés et la pandémie serait terminée depuis longtemps.

Ainsi, contrairement à ce que laisse entendre démagogiquement la bourgeoisie, une véritable politique de santé publique face à la pandémie n’aurait pas pour but de prolonger éternellement les mesures sanitaires restrictives. Au contraire, le but de la politique d’élimination est justement d’en finir une fois pour toutes avec le virus tout en protégeant au maximum la santé et la vie des masses.

Malheureusement, le faible niveau d’organisation sociale permis par le capitalisme fait obstacle à la mise en œuvre généralisée de la politique d’élimination malgré le fait que les moyens scientifiques pour appliquer cette politique existent. Contrairement à la santé publique bourgeoise au service des classes capitalistes qui font passer les profits avant la vie humaine, la santé publique socialiste qui sera instaurée avec la révolution prolétarienne mettra tout en œuvre pour supprimer les maladies qui affligent les masses et pour assurer au peuple travailleur une élévation constante de sa santé et de ses conditions de vie.

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