Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.
François Legault dans un point de presse

Plus d’un an après le début de la pandémie de Covid-19, certaines personnes trompées par le mythe de l’État au service de « l’intérêt général » s’étonneront du fait que les gouvernements ne semblent toujours pas avoir appris de leurs erreurs et sont toujours incapables de protéger adéquatement les populations contre le virus.

En effet, aujourd’hui, les différents exécutifs nationaux n’ont plus l’excuse de la nouveauté de la situation : ils ne peuvent plus invoquer le fait d’avoir été pris par surprise par la pandémie pour justifier leur inaction criminelle et leurs tergiversations ahurissantes. On peut alors se demander comment se fait-il que l’histoire semble se répéter et qu’on assiste encore une fois à une recrudescence alarmante de la contamination – recrudescence faisant encore une fois suite à une séquence d’allégements des mesures sanitaires en place dans un contexte où la propagation du virus n’était pas du tout contrôlée. Par ailleurs, on peut se demander pourquoi les gouvernements, malgré le risque parfaitement connu posé par la présence de nouveaux variants plus contagieux et plus meurtriers du virus sur leurs territoires (ce qui n’est pas rien considérant que la souche initiale du virus était déjà assez dangereuse pour continuer à tuer beaucoup de gens et pour laisser des séquelles importantes à beaucoup de personnes), ont laissé ces variants se répandre sans réagir et semblent maintenant pris au dépourvu par la situation catastrophique que ces variants sont en train de produire.

C’est que la raison de la faillite des États à protéger les populations n’a jamais été la surprise ou le caractère « imprévisible » du virus, comme les propagandistes des gouvernements ont voulu nous le faire croire. Même au tout début de la crise sanitaire en Amérique du Nord et en Europe, cette excuse ne tenait pas la route. Premièrement, la vulnérabilité des infrastructures sanitaires en place et le risque très probable qu’une pandémie dévastatrice ne survienne étaient connus depuis longtemps par les États capitalistes – surtout après les répétions générales qu’ont constitué les épisodes du SRAS au début des années 2000, de la grippe pandémique H1N1 en 2009 et du MERS-CoV apparu en 2012. Plus encore, les États impérialistes occidentaux ont disposé d’au moins deux mois de préparation suite à la détection et à la propagation du nouveau coronavirus en Chine à la fin de 2019 et en janvier 2020. Or, ces deux mois ont été pratiquement gaspillés par les gouvernements, lesquels ont fait preuve d’un attentisme outrancier jusqu’à l’adoption soudaine et simultanée, au dernier instant, de mesures draconiennes en mars 2020. Mais surtout, ces mesures efficaces (pause économique, fermeture des écoles, etc.) ont été relâchées après quelques semaines seulement et n’ont jamais réinstaurées dans leur intégralité par la suite, et ce, malgré l’atteinte, au cours des mois qui ont suivi, de niveaux de contamination encore plus élevés que lors de la « première vague ».

C’est qu’en vérité, les États et les gouvernements ne sont pas là pour défendre le « bien commun » et protéger les populations. Si c’était le cas, la gestion de la pandémie par les autorités de tous les pays aurait été radicalement différente. En fait, les États sont le produit de la division de la société en classes sociales aux intérêts opposés. Ils constituent des appareils de répression et de gestion au service de la classe dominante exclusivement. En régime capitaliste, les gouvernements ne peuvent pas être autre chose que les instruments de la bourgeoisie et des grands monopoles privés qui contrôlent la vie économique. Et depuis le début de la pandémie, ces grand monopoles (engagés en permanence dans une lutte acharnée contre leurs adversaires étrangers pour le contrôle des marchés mondiaux) s’opposent à l’adoption prolongée de mesures fermes et conséquentes pour empêcher le virus de se répandre parmi les masses. Ils font pression pour que l’économie fonctionne avec la plus grande intensité possible et pour continuer d’extraire de la plus-value en faisant travailler la classe ouvrière.

Au Québec, la pression exercée sur les masses populaires par la classe capitaliste et par son gouvernement pour qu’elles continuent à travailler a conduit au bilan sidérant de 10 709 morts (nombre officiel des autorités en date du 7 avril) depuis le début de la pandémie. C’est cette même pression du capital qui a conduit le gouvernement Legault à relâcher les mesures en place – déjà insuffisantes – au cours des deux derniers mois, à laisser en toute connaissance de cause des variants dangereux se répandre partout dans la province, et à attendre délibérément jusqu’au dernier instant avant de réinstaurer une série de mesures minimales dans les régions les plus gravement touchées par la nouvelle flambée épidémique causée par ces variants.

Certains idéologues partisans de la démocratie bourgeoise et du capitalisme diront que les nombreuses incohérences et aberrations de la gestion gouvernementale de la crise sont le fruit de « l’incompétence ». C’est nier le caractère de classe de l’exécutif gouvernemental et le caractère politique (c’est-à-dire au service d’intérêts particuliers) de toutes les décisions importantes de l’État bourgeois. Ce n’est pas par « incompétence » que le gouvernement, au lieu d’effectuer le renforcement qui s’imposait, notamment en raison de la présence de dangereux variants sur le territoire, a assoupli les mesures en place au cours des dernières semaines (en excluant évidemment le couvre-feu, seule mesure inutile d’un point de vue sanitaire, bien que politiquement utile pour la bourgeoisie puisqu’elle cible spécifiquement les masses populaires). Si le gouvernement a agi ainsi, c’était pour poursuivre le processus de relance générale de l’économie capitaliste québécoise – et en particulier pour relancer l’accumulation de profits dans les secteurs du commerce, des « services » et de la culture. Bien que le gouvernement opte finalement pour refermer, dans certaines régions, des secteurs d’activité qu’il venait lui-même de rouvrir, il s’assurera encore une fois de maintenir en activité le secteur de la grande production industrielle (usines, chantiers, mines, etc.), et ce, même si ce secteur est à l’origine d’un nombre important d’éclosions. D’ailleurs, le fait d’avoir autorisé pendant l’hiver la relance d’activités économiques secondaires (restaurants, sports, etc.) lui donne présentement la marge de manœuvre requise pour annoncer des mesures à l’apparence robuste, sans pour autant toucher aux secteurs stratégiques de l’économie capitaliste que sont le manufacturier, la construction, les ressources naturelles et le transport des marchandises.

En somme, le gouvernement laisse encore une fois le virus se répandre pour protéger les profits du capital. Et alors que plusieurs pensaient que les heures les plus sombres de l’épidémie étaient derrière nous avec la progression de la vaccination de la population, les conséquences de cette nouvelle flambée épidémique pourraient être particulièrement dramatiques étant donné la nature des nouveaux variants en train de gagner du terrain dans la province.

Le danger extrême posé par les nouveaux variants du virus

Plus un virus se multiplie et infecte un grand nombre de personnes, plus il accumule des mutations, c’est-à-dire des changements à son code génétique. La plupart de ces mutations n’ont pas d’impact sur le taux de mortalité ou sur le rythme d’infection du virus en question. Mais certaines d’entre elles peuvent faire apparaître des variants plus dangereux que la souche initiale.

Dans le cas du coronavirus responsable de la Covid-19, trois variants connus (et s’étant rapidement répandus à travers le monde) se sont révélés être plus contagieux et/ou plus mortels que la version initiale du virus : il s’agit des variants britannique, sud-africain et brésilien. Le variant sud-africain serait 50% plus contagieux et aurait causé une augmentation des décès en Afrique du Sud. Il représente également une grande source d’inquiétude puisqu’il poserait un risque accru de réinfection et que certains vaccins seraient moins efficaces pour le combattre. Le vaccin Novovax ne serait par exemple efficace qu’à 60% contre ce variant, tandis que celui de Johnson & Johnson ne le serait qu’à 57%. Quant au variant brésilien, une étude réalisée à Manaus (ville de la région amazonienne du Brésil ayant subi une hécatombe monstrueuse dans les derniers mois) a montré qu’il avait été identifié dans 42% des cas séquencés dans cette ville à partir de la fin décembre, et ce, même si 75% de la population de la région avait déjà été infectée par le virus précédemment – ce qui semble démontrer que ce variant serait capable d’infecter les personnes qui seraient censées avoir développé une immunité au virus. Toujours dans la ville de Manaus, on aurait aussi rapporté que le variant serait de 80% à 150% plus transmissible et de 10% à 80% plus virulent que les variants communs. Un quatrième variant inquiète également depuis un moment les autorités sanitaires mondiales : le variant nigérian (à l’origine d’une vague terrible d’infections au Nigeria) présenterait des caractéristiques similaires à celles des variants britannique et sud-africain, puisqu’il aurait connu, comme eux, des mutations dans la protéine nommée spicule, celle jouant le rôle de « clé » permettant au virus d’entrer dans certaines de nos cellules pour s’y reproduire.

L’émergence et la propagation de ces nouvelles souches plus dangereuses du coronavirus sont la conséquence directe de la politique criminelle poursuivie par l’ensemble des classes dominantes dans le monde depuis la fin de la trêve économique commune instaurée au printemps 2020. Cette politique consiste à permettre à l’économie capitaliste de rouler avec la plus grande intensité possible, et donc à laisser le virus se répandre parmi les masses populaires en attendant que puisse être complétée la vaccination des populations (elle-même ralentie par la concurrence internationale ainsi que par l’emprise des monopoles pharmaceutiques privés sur la production des vaccins). En dépit du fait que le moyen de mettre fin à la pandémie existe depuis plusieurs mois (c’est-à-dire depuis la création de vaccins efficaces contre la Covid-19), la crise sanitaire mondiale s’éternise et les populations se trouvent confrontées à de nouvelles flambées épidémiques majeures causées par les nouveaux variants, une situation absurde découlant non pas du manque de connaissances scientifiques pour combattre le virus, mais simplement de l’anarchie inhérente aux rapports de production capitalistes basés sur l’accumulation de profits privés. L’émergence de nouveaux variants dangereux était presque inévitable après une certaine quantité d’infections, et les autorités bourgeoises en étaient conscientes. Mais ces variants ne seraient pas apparus si les gouvernements n’avaient pas laissé délibérément le virus infecter plus de 100 millions de personnes (et faire – officiellement – près de 3 millions de morts jusqu’à maintenant) dans le monde, et ce, dans l’unique but de permettre à l’accumulation capitaliste de suivre son cours.

Jusqu’à maintenant, c’est le variant britannique qui semble être devenu le variant le plus répandu à travers la planète. C’est également celui qui s’est le plus propagé ici au Canada et au Québec. En date du 6 avril dernier, 1 424 cas de ce variant avaient été détectés dans la province québécoise (comparativement à 154 cas pour le variant sud-africain et à deux cas seulement pour le variant brésilien) et il était présent dans presque toutes les régions. Aussi, au moins sept cas du variant nigérian avaient été identifiés. Il faut ajouter que 11 709 variants non séquencés avaient aussi été détectés en plus au Québec. En date du 6 avril, les variants étaient presque rendus prédominants dans l’ensemble de la province, avec 625 nouveaux cas de variants détectés en une journée sur les 1 271 cas de Covid-19 détectés au total (soit 49%).

La propagation rapide du variant britannique n’est pas étonnante puisqu’il serait de 40% à 80% plus contagieux que la souche initiale du virus, selon l’INSPQ. Pire encore, ce variant serait également 64% plus mortel selon une étude faite par des scientifiques du London School & Tropical Medicine en Angleterre publiée en mars dans le British Medical Journal. Ces données sont corroborées par une récente analyse effectuée par les experts du Ontario COVID-19 Science Advisory Table selon laquelle les nouveaux variants dangereux, dans leur ensemble, seraient liés à un risque de mortalité accru de 53%, en plus d’être associés à une augmentation de 63% du risque d’hospitalisation et à une hausse de 103% du risque d’être admis aux soins intensifs. La Dre Kali Barrett, urgentologue et chercheuse au Réseau de la santé universitaire de Toronto (UHN), a pour sa part indiqué que les variants accroissent les risques d’être hospitalisé et de mourir suite à une infection au virus, peu importe l’âge ou l’état de santé préalable des personnes contaminées. Cette situation est d’autant plus alarmante que la plupart des « jeunes » personnes actives n’ont pas encore eu accès à la vaccination.

D’ailleurs, plusieurs médecins de l’Ontario (où les variants ont frappé plus tôt qu’au Québec) ont signalé vers la fin du mois de mars que les soins intensifs des hôpitaux de la province se remplissaient de jeunes adultes auparavant en bonne santé. Le Dr Shankar Sivananthan, un médecin intensiviste du William Osler Health System (hôpital desservant Brampton et North Etobicoke), a par exemple tweeté vers la fin du mois de mars : « Cette vague est pire qu’il y a un an. Pire qu’en janvier. Ils sont plus jeunes. Ils sont plus malades ». Le Dr Eddy Fan, directeur médical du programme de maintien des fonctions vitales extracorporelles au University Health Network (UHN) de Toronto, a pour sa part déclaré : « Il est certain que nous avons constaté un changement dans le type de patients qui arrivent aux soins intensifs dans cette vague. » Son unité d’oxygénation par membrane extracorporelle, la plus grande du Canada, est un centre de référence provincial. Lors des premières vagues, la plupart des personnes placées sous respirateur artificiel étaient plus âgées – soit dans la cinquantaine ou la soixantaine – et elles avaientdes problèmes de santé chroniques avant de contracter le virus. Avec la nouvelle flambée épidémique, les patients sont plus jeunes, et un grand nombre d’entre eux étaient initialement en bonne santé.Déjà, le lundi 29 mars, 17 personnes atteintes de laCovid-19 étaient raccordées à une oxygénation par membrane extracorporelle à l’hôpital général de Toronto, soit le nombre le plus élevé depuis le début de la pandémie. Leur âge variaitentre 22 et 61 ans et quatre d’entre eux étaient dans la vingtaine ou la trentaine. À présent, alors que la nouvelle flambée de contamination provoquée par les variants bat son plein en Ontario, les hôpitaux sont dans une situation critique. Le mardi 6 avril, le nombre de personnes aux soins intensifs atteignait 510 dans la province (dont 310 sur respirateur artificiel), soit un record depuis le début de la pandémie. Le même jour, le nombre de nouvelles infections détectées s’est élevé à plus de 3 000.

Cette nouvelle situation catastrophique n’a rien d’étonnant. Rappelons qu’aux mois de décembre et janvier derniers, le variant britannique a provoqué une croissance exponentielle sans précédent du nombre d’infections au Royaume-Uni, générant une situation bien pire que ce que le pays avait connu jusque-là depuis le début de la pandémie, malgré un bilan déjà catastrophique lors de la première vague du printemps ainsi que durant l’automne. La situation s’est dégradée au point où les hôpitaux britanniques ont dû faire face à des pénuries d’oxygène. Suite à la flambée épidémique causée par le variant, environ 33 000 britanniques sont morts en seulement un mois entre le 1er janvier et le 1er février, soit plus de 30% des 106 000 décès survenus jusque-là depuis le début de la pandémie. En somme, le désastre complet causé par l’émergence de cette nouvelle souche du virus au Royaume-Uni laissait déjà entrevoir le pire pour les autres pays impérialistes au début de l’hiver. Et c’est sans compter que les autorités britanniques avaient alerté sur le caractère plus contagieux du nouveau variant dès le mois de décembre. On a également vu le variant se propager de manière fulgurante ailleurs en Europe – notamment en France et en Allemagne – durant le mois de février. Or, les autorités bourgeoises canadiennes (fédérales comme provinciales) ont gaspillé – de la même manière qu’au début de la pandémie – les précieuses semaines d’avance dont elles disposaient par chance pour empêcher que la même situation ne se reproduise sur leur territoire. Il faut savoir que dès la mi-janvier, 14 cas du variant avaient été repérés au Canada, dont 1 au Québec. Au début du mois de février, il y avait déjà 70 cas détectés en Ontario, près d’une dizaine au Québec, une cinquantaine en Alberta et une quinzaine en Colombie-Britannique. Et rappelons qu’il n’avait fallu qu’une poignée de personnes infectés par la première souche moins contagieuse du coronavirus pour déclencher la première vague meurtrière de contamination au Québec au printemps 2020…

Les autorités québécoises ont relâché les mesures malgré une menace parfaitement connue

La présence de variants extrêmement dangereux au Canada et dans la province québécoise – ainsi que l’expérience des pays, notamment européens, où ces variants ont fait des ravages dans les derniers mois – n’ont pas empêché le gouvernement Legault au Québec de procéder à un relâchement, pendant tout l’hiver, des mesures sanitaires minimales qui avaient été mises en place pour briser la deuxième vague de contamination, et ce, alors que ces mesures n’étaient même pas suffisantes pour contrôler la propagation de la souche initiale du virus. Pire encore, disposant d’un temps de réaction supplémentaire par rapport au gouvernement de l’Ontario où le variant a frappé plus tôt, les autorités québécoises continuent à retarder l’adoption de nouvelles mesures pour empêcher que la catastrophe se déroulant dans la province voisine ne se produise également ici.

Après la « pause des Fêtes », au lieu d’ordonner le prolongement de la fermeture des écoles qui s’imposait étant donné que l’épidémie n’était pas sous contrôle, le gouvernement Legault a annoncé l’imposition d’un couvre-feu à partir du 9 janvier, une fausse mesure sanitaire (en effet, le virus n’est pas plus contagieux la nuit que le jour, et le fait de simplement circuler dehors ne contribue aucunement à sa propagation) permettant aux autorités de donner l’impression qu’elles prenaient les choses en main tout en ciblant injustement les masses populaires (et en récoltant au passage des sommes juteuses provenant des contraventions de 1 500$ données à des innocents). Au même moment, le gouvernement renvoyait les enfants et les adolescents de la province à l’école (le 11 janvier pour les élèves du primaire et le 18 janvier pour les élèves du secondaire) en cachant délibérément à la population le danger du retour en classe et en déployant une vaste opération mensongère basée sur les résultats d’une étude frauduleuse sur la qualité de l’air dans les écoles. Ce retour en classe ordonné par les autorités ne servait à rien d’autre qu’à permettre aux prolétaires ayant des enfants de se libérer pour aller au travail, et non à protéger la « santé mentale » des jeunes comme le clament le gouvernement et ses laquais depuis le début de l’année scolaire 2020-2021.

Dans les mois qui ont suivi, les annonces de réouvertures se sont enchaînées. Le 2 février, le gouvernement a annoncé la réouverture (à compter du 8 février) des commerces non essentiels ainsi que des musées et des bibliothèques en zone rouge. Lors de la conférence de presse ayant servi à faire cette annonce, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, révélait les plans funestes des autorités bourgeoises et justifiait la séquence de réouvertures qui allait se dérouler dans les semaines suivantes en déclarant :

« Lorsque nous protégerons davantage nos personnes âgées, nous [pourrons] tolérer plus de cas, car ces cas n’iront pas à l’hôpital ou ne seront pas compliqués, et [nous pourrons] même ouvrir certaines choses ».

« Comme nous le savons, les patients de 65 ans et plus représentent 80% des patients hospitalisés. […] S’ils sont protégés, nous pourrions avoir quatre, six fois le nombre de cas que nous avons actuellement, sans impact sur le système de santé. »

Il niait ainsi ouvertement que le virus peut aussi entraîner des complications sévères chez les jeunes adultes (et même chez les enfants), comme la vague actuelle d’infections est en train de l’exposer plus clairement que jamais. Il niait aussi que la Covid-19 laisse de lourdes séquelles à un grand nombre de personnes infectées, y compris celles qui n’ont pas été hospitalisées (et même celles qui n’ont pas eu de symptômes). Finalement, il niait que la multiplication des cas de Covid-19 dans la population augmente les chances de voir émerger d’autres variants dangereux du virus.

Le 2 février, le gouvernement a annoncé la réouverture des gyms en zone orange dès le 8 février, une décision qui allait s’avérer particulièrement désastreuse plus tard quand on sait ce qui est arrivé au centre Mega Fitness Gym de Québec où une seule éclosion a conduit à plus de 350 infections (même si on a alors évidemment préféré mettre la faute exclusivement sur l’insouciance du propriétaire de cet établissement au lieu de reconnaître que l’ouverture des gyms était en soi complètement irrationnelle). Le 16 février, le gouvernement annonçait de nouveaux assouplissements en vue de la semaine de relâche : dès le 26 février, les cinémas allaient rouvrir leurs portes (avec un maximum de 250 personnes par salle) en zone rouge, en plus d’une réouverture partielle des piscines et des arénas. Le 8 mars, les régions de l’Estrie, de la Mauricie, du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale passaient en zone orange : les salles de spectacle et les restaurants rouvraient leurs portes, certaines activités sportives et de loisir dans les lieux publics intérieurs étaient autorisées, et les sports parascolaires au primaire et au secondaire (en groupe-classe) reprenaient. Le 12 mars, le gouvernement annonçait la reprise progressive des activités sportives et récréatives dans la province, y compris la réouverture des gymnases et des complexes sportifs en zone rouge à compter du 26 mars. Le 16 mars, on annonçait la réouverture des salles de spectacle (en autorisant la présence de 250 personnes à l’intérieur!) à compter du 26 mars dans les zones rouges.

Cette séquence de relance des activités économiques, durant laquelle les principales mesures sanitaires en place ont été relâchées (à l’exception de la mesure absurde et injuste que constitue le couvre-feu), a culminé avec l’annonce, le 23 mars, du retour en classe à temps plein, dès le 29 mars, de tous les élèves du secondaire en zone rouge, suscitant la peur et l’indignation parmi le personnel enseignant des écoles. Le jour de cette dernière annonce, le premier ministre Legault déclarait : « Le Québec résiste aux variants. Le Québec résiste à la troisième vague. » Cette affirmation ne se basait bien entendu sur rien hormis le fait que la progression des variants était à ce moment-là moins avancée au Québec que dans la province voisine. Mais il n’y avait aucune raison de penser que les variants cesseraient magiquement de progresser, et ce, alors que les autorités venaient de retirer la plupart des mesures sanitaires restantes et qu’elles allaient de l’avant avec le « déconfinement » de presque tous les secteurs d’activité! D’ailleurs, plus d’un mois avant cette déclaration (c’est-à-dire le 15 février), une étude de modélisation de l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique annonçait que les variants s’apprêtaient à faire jusqu’à 4 000 cas par jour au Québec.

Contrairement aux affirmations du premier ministre, les nouveaux cas quotidiens de Covid-19 ont recommencé à monter de manière alarmante dans les jours qui ont suivi. Dans son entêtement à étirer l’élastique au maximum, le gouvernement Legault a même dépassé une limite à ne pas franchir pour l’exécutif de la bourgeoisie. Le 27 mars, le Collège des médecins du Québec (CMQ) est intervenu publiquement pour critiquer – pour la première fois depuis le début de la pandémie – l’orientation des autorités :

« Compte [tenu] de l’évolution récente de la pandémie, le CMQ demande au gouvernement de reconsidérer l’allègement des mesures sanitaires, pour tenir compte des signaux d’alarme et de l’avis de nombreux experts. »

Le 29 mars, le ministre de la santé Dubé annonçait finalement que la « troisième vague » était arrivée au Québec. Pourtant, le lendemain, le gouvernement déclarait qu’il n’entendait toujours pas resserrer les mesures sanitaires. Justifiant cette décision, Horacio Arruda déclarait – comme il l’avait fait juste avant le début de la première vague en 2020 – qu’il ne « [fallait] pas paniquer ». Il ajoutait une déclaration montrant que les autorités étaient pleinement conscientes de ce qu’elles faisaient et que la nouvelle flambée épidémique qui se développait était prévue :

« Les variants, on savait que ça augmenterait. Au secondaire, en ramenant les 3-4-5 [en classe à temps plein], on savait que ça augmenterait le nombre de cas. Tout ça, c’est comme planifié. »

Par ailleurs, le directeur national de santé publique révélait froidement, encore une fois, que la politique du gouvernement consiste à laisser délibérément les gens (en particulier les « jeunes » non vaccinés) attraper le virus et mourir, en autant qu’il n’y a pas trop d’hospitalisations d’un seul coup :

« Même si j’ai 2 000 cas au Québec, mais qu’on n’a pas d’hospitalisations ou de décès de façon importante, on peut vivre avec. C’est sûr qu’on va avoir, comme les personnes âgées sont protégées, des gens de votre âge qui peut-être vont se retrouver aux soins intensifs et mourir, ce qui est horrible. »

Ce n’est que le 31 mars que le gouvernement faisait volte-face et annonçait des mesures « d’urgence » (incluant la fermeture des commerces non essentiels et des écoles) à Québec, Lévis et Gatineau pour faire face à la nouvelle hausse exponentielle des cas quotidiens de Covid-19. Trop peu, trop tard : plus de 70% des nouveaux cas de Covid-19 détectés dans la Capitale-Nationale étaient déjà liés aux variants et les cas venaient de tripler dans la ville de Québec en neuf jours.

Mais ce n’est pas seulement dans ces trois villes que les effets de la nouvelle flambée épidémique se font sentir. À Montréal et ailleurs au Québec, on rapporte déjà que des patients de plus en plus jeunes sont admis aux soins intensifs avec des formes graves de la COVID-19, comme en Ontario. La Dre Laurie Robichaud, urgentologue à l’Hôpital général juif de Montréal, a déclaré récemment :

« Ces dernières semaines, mes patients avaient entre 20 et 40 ans. Des jeunes sans aucun antécédent. Certains sont arrivés dans un état critique, sans aucun facteur de risque, la plupart infectés par un variant. […] C’est clair que tous les jeunes n’aboutissent pas à l’urgence, mais ceux qui se rendent jusque-là ne vont vraiment pas bien. Ce variant, c’est un wake-up call qui doit faire réfléchir. »

Malgré cela, alors que plusieurs s’attendaient à voir le premier ministre annoncer des fermetures importantes pour le Grand Montréal lors de sa conférence de presse du 6 avril, le gouvernement Legault s’est contenté de remettre en place des mesures minimales (comme la fermeture des gyms) et de menacer de remettre le couvre-feu à 20h, tout en laissant les écoles et les principaux milieux de travail ouverts. Dans ces conditions, ce n’est qu’une question de jours avant que l’explosion des cas liés aux variants dans la métropole ne survienne.

Le gouvernement prétend qu’il réagit aux comportements « imprévisibles » du virus et qu’il s’ajuste en temps réel. Mais en fait, l’évolution de la pandémie n’a rien d’aussi imprévisible et les autorités le savent très bien. La vérité est qu’elles tolèrent consciemment, comme l’a affirmé Horacio Arruda lui-même à plusieurs reprises, que les niveaux d’infections augmentent et que des milliers de gens meurent. La nouvelle flambée épidémique dans la province est d’ailleurs la conséquence directe des actions du gouvernement pendant tout l’hiver : en rouvrant le plus grand nombre possible de secteurs d’activité (au lieu de fermer de manière prolongée les écoles et l’ensemble des milieux de travail non essentiels comme la raison le commandait), la bourgeoisie a une fois de plus obligé les masses populaires à augmenter leurs « contacts sociaux » quotidiens, permettant au virus – et aux nouveaux variants plus contagieux – de se propager de manière accélérée.

En tant que « comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière », le gouvernement ne peut pas faire autrement que prioriser le fonctionnement de l’économie capitaliste. Et celle-ci ne peut pas supporter un arrêt prolongé de l’extraction de plus-value, c’est-à-dire un arrêt prolongé du travail productif effectué par la classe ouvrière. Il est donc hors de question pour la bourgeoisie de mettre en place de réelles mesures efficaces pour freiner la propagation du virus. C’est aux conséquences horribles de cette réalité aberrante que sont confrontés les prolétaires, partout dans le monde, depuis le début de la pandémie. S’il est certain que les classes dominantes parviendront éventuellement à mettre un terme à la crise sanitaire grâce à la vaccination, cela n’aura pas été sans avoir infligé des souffrances terribles à des millions et à des millions de personnes sur la planète. Pour ne plus jamais qu’un tel désastre mondial ne survienne, il faudra lutter pour mettre fin à la domination des grands monopoles privés et pour instaurer à la place une économie socialiste planifiée en fonction des besoins des masses.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne