Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.
Photo de l'usine d'Olymel à Princeville

Les quelque 350 employés de l’usine d’abattage Olymel de Princeville étaient sans contrat de travail depuis le 1er octobre 2019.

La dernière offre de l’employeur était un contrat de sept ans avec une hausse de 40 cents la première année et de 30 cents les années subséquentes. Évidemment, les travailleurs et les travailleuses ont considéré que ce n’était que des miettes, qu’il n’y avait rien sur la table et que le mépris n’avait qu’un temps. Ils et elles ont donc déclenché la grève le 29 octobre au matin.

À l’usine Olymel de Princeville, la grande majorité des employés sont des journaliers et des manœuvres. Le salaire d’entrée est de 15.09$ et plafonne à 19.91$. En 2005, les employés avaient accepté une baisse de 5.40$ de l’heure. En 2004, avant cette baisse, le salaire nominal d’un journalier était de 21$ de l’heure. Aujourd’hui, le même employé gagne seulement 19.91$ de l’heure. L’an dernier, la compagnie avait offert une augmentation de 5$ de l’heure pour les huit employés de maintenance (dans le but de faire face à de fortes difficultés de recrutement), mais elle n’avait pas offert cette augmentation aux autres employés, c’est-à-dire à la majorité d’entre eux. En novembre 2018, une manifestation avait été organisée pour montrer l’exaspération des travailleurs et des travailleuses qui, en six ans, n’avaient bénéficié que d’une augmentation de 1.55$ de l’heure, alors que les profits de la compagnie avaient été de 250 millions $ en 2016 et de 290 millions $ en 2017.

Pour expliquer les raisons qui ont poussé les employés d’Olymel à faire la grève, le président du syndicat, Steve Houle, a dit récemment : « Nous ressentons toujours l'effet de la baisse de salaire qui nous a été imposée en 2005. Selon les projections de nos économistes, sans cette baisse de l'ordre de 5.40 $ l'heure, nos salaires atteindraient 25.92 $ au lieu des 19.91 $ l'heure, touchés actuellement. En clair, nous nous sommes appauvris depuis tout ce temps et nos revendications salariales sont non seulement tout à fait légitimes, mais en plus, elles demeurent inférieures au retard accumulé. »

Utilisant la légalité bourgeoise, toujours encline à soutenir les patrons, Olymel a réussi jeudi dernier à obtenir, sous un prétexte bidon, une injonction pour limiter le nombre de piqueteurs. Voici ce qu’a dit Steve Houle à ce propos : « Prétextant le bien-être animal, Olymel cherchait d'abord à rétablir la circulation à l'usine et à limiter le nombre de piqueteurs en face de l'usine, ce qu'elle a obtenu. Or, que ce soit bien clair : dans notre travail, nous respectons toutes les normes éthiques pour éviter la cruauté animale. Les porcs qui se trouvaient dans l'usine et qui n'y sont plus étaient sous la supervision des cadres qui savent très bien comment prendre soin d'eux. Dans la foulée du déclenchement de la grève, le seul camion que nous avons laissé passer contenait la moulée qui était destinée aux porcs présents dans l'usine. Notre usine dispose de tous les équipements, des vétérinaires et de la nourriture pour maintenir les animaux dans un environnement qui respecte les normes établies. Le vrai problème en ce moment, c'est qu'Olymel est plus intéressé à parler de la santé des animaux que nous abattons tous les jours, que par la santé de ses travailleuses et travailleurs qui lui font faire des millions de dollars de profits chaque année et qui sont en grève actuellement. »

Dans ses offres d’emploi, Olymel a le culot d’annoncer qu’il est « un employeur qui se soucie du bien-être de son équipe » et qu’il offre des « salaires compétitifs ». Le travail dans un abattoir est loin d’être facile et occasionne souvent des accidents de travail. Un manœuvre, toujours selon l’offre d’emploi, doit être « doté d’une bonne santé physique » et doit pouvoir « travailler dans un environnement réfrigéré et/ou tempéré et soulever des charges considérables sans problème. » Dans ce contexte, on comprend que les journaliers se sentent insultés par les offres du patron. Olymel est connu pour être un employeur très agressif depuis des décennies. Après l’achat d’usines appartenant à des concurrents, la compagnie a très vite menacé les employés de ces usines (où les salaires étaient plus élevés qu’ailleurs) de fermeture s’ils n’acceptaient pas des baisses draconiennes de salaire. L’entreprise est également reconnue pour investir dans les usines où les salaires sont particulièrement bas, comme cela a été le cas à Saint-Esprit et à Yamachiche.

Les travailleurs et les travailleuses en grève chez Olymel à Princeville méritent la solidarité de l’ensemble du prolétariat québécois et canadien. Ils et elles ne l’auront pas facile. Les notables locaux vont cracher sur les grévistes. Ils vont relayer la propagande patronale et vont demander aux grévistes d’être « raisonnables » dans un contexte commercial mondial difficile. Ils ne parleront pas du fait que d’autres employeurs dans le même secteur paient actuellement des salaires plus élevés, ce qui met bien en évidence le fait qu’Olymel est particulièrement cochon et que ses employés ont plus que raison de se battre pour des augmentations de salaire.

Bien sûr, tant que subsistera la propriété privée des moyens de production, les prolétaires ne seront pas libres de déterminer eux-mêmes leurs propres conditions de travail et continueront d’être obligés, pour recevoir un salaire, de se soumettre à des patrons crapuleux. Aussi, s’ils ne veulent pas que leurs luttes économiques (c’est-à-dire leurs luttes pour des augmentations de salaire ou pour d’autres améliorations partielles) soient toujours à recommencer après un certain temps (car la bourgeoisie finit toujours par reprendre, d’une manière ou d’une autre, ce qu’elle a accordé aux prolétaires qu’elle exploite), ils ne doivent pas se contenter de lutter pour arracher des concessions aux capitalistes, mais doivent également s’organiser pour renverser la bourgeoisie, prendre le pouvoir et transformer complètement la société. Autrement dit, les prolétaires, partout au pays, dans toutes les usines, dans toutes les villes et dans tous les villages, doivent s’unir et s’organiser pour faire la révolution!

Appuyons les ouvriers en grève chez Olymel à Princeville! Unissons l’ensemble du prolétariat dans la lutte politique contre la bourgeoisie!

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne