Grévistes d'Olymel de la CSN

«L’employeur est toujours disposé à faire des réaménagements à l’intérieur des paramètres de l’entente de principe du 14 août dernier,

mais ne pourra d’aucune manière revoir les aspects monétaires de cette entente à la hausse sous peine de compromettre la viabilité de l’usine et sa capacité à faire face à la concurrence. Les travailleurs doivent comprendre qu’ils portent déjà l’entière responsabilité de la situation dramatique des porcs en attente et des conséquences imminentes des abattages humanitaires et du gaspillage alimentaire qui s’en suivra. Ils seront désormais également responsables de la suppression de 500 emplois et de ses conséquences sur ces individus, leurs familles et l’économie régionale.»

– Paul Beauchamp, 1er vice-président d’Olymel, 24 août 2021

Des propos aussi odieux ont de quoi faire rager tous les travailleurs qui en prennent connaissance. Ils ont été tenus lors de la récente grève des 1050 employés de l’usine Olymel à Vallée-Jonction représentés par le STOVJ-CSN, un combat légitime qui fut mené contre ceux qui, précisément, maintiennent en permanence les travailleurs de la région dans une situation économique déplorable.

Récapitulons. La région de Chaudière-Appalaches a été remuée par une grève déclenchée le 28 avril dernier dans une des plus grosses usines sur le territoire. Pendant plus de quatre mois, les ouvriers de Vallée-Jonction ont tenu tête avec opiniâtreté à la bande d’exploiteurs qui contrôlent Olymel. Après plusieurs semaines semées de coups bas de la part du monopole québécois de la transformation de viande, une entente de principe avec l’employeur est intervenue le 29 août. Les membres l’ont acceptée à 78 % le 31 août, ce qui a mis fin à un arrêt de travail spectaculaire.

Non, les ouvriers de l’usine d’abattage n’ont pas été responsables de l’impasse de la négociation, ni des difficultés économiques vécues par les masses de la région. C’est le requin Olymel qui est entièrement coupable d’une exploitation sans limite qui plonge les travailleurs et leurs familles dans la misère. D’ailleurs, Olymel est l’une des compagnies ayant inspiré le plus grand dégoût parmi le prolétariat québécois dans les dernières années en raison des salaires minables qu’elle offre à ses employés et du traitement révoltant qu’elle leur réserve d’une usine à l’autre. Plus encore, les ouvriers d’Olymel ne sont aucunement responsables de l’organisation capitaliste de la production caractérisée par une concurrence anarchique qui plombe l’économie. Les ouvriers, eux, ont intérêt à l’abolition de la propriété privée des usines et au déploiement d’une production arrimée aux besoins des masses.

Il vaut la peine de s’arrêter sur le larmoiement des bourgeois concernant le mal-être animal et le gaspillage alimentaire. Cela a fait les choux gras des médias pendant la grève, mais ce n’était rien d’autre qu’une manipulation grossière en plus d’être une insulte aux travailleurs qui, aux yeux de bien des commentateurs, valent visiblement moins que des bêtes.

Les représentants de la bourgeoisie n’ont cessé de s’apitoyer sur les 180000 porcs en attente d’être abattus alors que la compagnie n’avait rien qu’à céder aux revendications légitimes des grévistes pour que la production reprenne. Ils ont dénoncé la pression exercée sur les éleveurs, eux-mêmes des capitalistes qui défendent des rapports de production et d’échange qui minent leurs propres affaires en temps de conflit de travail. Ces éleveurs ont quand même admis du bout des lèvres qu’en fin de compte, ils ont eu recours à de la vente de porcs aux États-Unis et à d’autres provinces canadiennes, question de désengorger les fermes d’élevage québécoises pendant la période estivale. Bref, ils n’étaient pas à plaindre, loin de là.

La grève chez Olymel a fait écho à celle qui a eu cours chez Exceldor à Saint-Anselme quelques semaines plus tôt, conflit qui avait déchaîné la presse sur le sort des volailles euthanasiées alors qu’elles étaient pourtant destinées à être abattues. Dans ces deux affrontements, les écologistes, sans surprise, se sont rangés derrière les capitalistes, considérant qu’il valait mieux que les travailleurs se contentent de miettes plutôt que de faire souffrir le monde animal et la nature. Plusieurs petits-bourgeois sont même allés jusqu’à déplorer la concentration de l’abattage dans de grandes usines, arguant qu’une telle concentration fragilise l’industrie en temps de grève. Autrement dit, le culte de la petite production s’est révélé être aussi l’apologie du morcellement de la classe ouvrière!

Nous disons non à ces volontés rétrogrades. Tant mieux si le millier de travailleurs de l’usine de Vallée-Jonction et les 35000 porcs par semaine qu’ils n’ont pas abattus ont pesé lourd dans la balance! C’est notre force, celle du nombre! C’est ce que le prolétariat a de plus précieux dans un monde où le revers de la grande production pour les capitalistes qui en profitent, c’est la grande concentration des ouvriers! Cette réalité nous rappelle à chaque grève que l’économie est entre les mains des travailleurs et que le socialisme est à nos portes. Le casse-tête que cela pose aux exploiteurs, même si la révolution n’est pas encore enclenchée, c’est tout ce qu’ils méritent!

Il faudra s’attendre à ce que nos adversaires brandissent à nouveau — et très souvent — la menace du péril écologique pour faire passer toutes sortes d’abus capitalistes contre les travailleurs (hausse des tarifs d’essence et d’électricité, entrave au droit de grève, etc.). Ils alimenteront le mépris contre la classe ouvrière au nom de la sauvegarde de l’environnement. Il faudra donc continuer de résister à toute cette mise en scène, à la manière des ouvriers de Vallée-Jonction et de Saint-Anselme qui ne se sont pas laissés en mettre plein la vue par leurs patrons et par les médias.

«La lutte des travailleurs et des travailleuses de Vallée-Jonction, c’est aussi celle de tous les salariés des abattoirs du Québec qui méritent des salaires qui reconnaissent leur dur labeur. La table est donc mise pour les négociations actuelles et à venir dans le secteur de l’abattage.»

Alexandre Laviolette, président de la Fédération du commerce-CSN

Le niveau de dénigrement du colosse Olymel envers ses employés n’était pas difficile à mesurer. Les grévistes de Vallée-Jonction avaient connu une augmentation moyenne annuelle de seulement 0,08 $ de l’heure en 14 ans! Ce constat est aberrant quand on sait que l’entreprise concentre 80 % de la capacité d’abattage de porcs au Québec.

La négociation a aussi été caractérisée par des injustices à la faveur d’Olymel. En fin de parcours, les syndiqués avaient malheureusement le couteau sous la gorge : l’employeur avait annoncé l’intention de supprimer 500 postes si sa dernière offre était rejetée. Un peu plus d’une semaine auparavant, les syndiqués avaient rejeté à 57 % une offre patronale et avaient décliné la minable proposition d’arbitrage du ministre du Travail Jean Boulet, l’allié précieux de la bourgeoisie québécoise. La menace de représailles brandie par Olymel était donc abjecte. Finalement, Olymel s’est gardé de mettre à exécution son plan d’éliminer le quart de travail de soir, ce qui a révélé toute la perfidie de sa stratégie qui consistait à semer la peur et la division chez les travailleurs.

Au sortir d’un bras de fer exigeant, les ouvriers d’Olymel sont tout de même parvenus à décrocher un régime de retraite simplifié, des augmentations salariales, un rehaussement de la contribution de l’employeur aux assurances collectives, et une convention d’une durée de 6 ans. L’interconnexion des nombreuses usines du monopole Olymel au pays, mais aussi des nombreuses usines du secteur alimentaire, permet d’espérer que la grève de Vallée-Jonction ait pavé la voie à d’autres groupes d’ouvriers lorsque viendra le temps de renégocier leurs conventions. Alors continuons de nous unir contre les voraces de la bourgeoisie jusqu’à la révolution prolétarienne !

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne