Infirmiers transportant un corps sur une civière

À la fin du mois de novembre dernier, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, était sur toutes les tribunes pour présenter son rapport sur le sort des CHSLD en début de crise sanitaire de la COVID-19.

Dans la foulée de plusieurs enquêtes sur le sujet, les travailleurs de la province revivent le douloureux fil des événements qui ont révélé toute l’imposture du gouvernement dans son engagement à assurer la sécurité et le bien-être du peuple.

Le 23 novembre 2021, le Protecteur du citoyen du Québec publiait un rapport spécial de 72 pages intitulé «La COVID-19 dans les CHSLD durant la première vague de la pandémie — Cibler les causes de la crise, agir, se souvenir». La gestion de la pandémie dans les milieux d’hébergement pour aînés fait aussi, en ce moment, l’objet de l’enquête de la coroner Géhane Kamel et de celle de la commissaire à la santé et au bien-être Joanne Castonguay.

Dans les premiers mois de la crise sanitaire, près de 4000 morts ont été enregistrés dans les centres d’hébergement de soins de longue durée. Depuis la publication, les journalistes et les chroniqueurs se relaient au micro pour donner leur avis sur les bris de communication dans le réseau survenus à l’hiver 2020 ou encore sur la difficulté qu’a eu le gouvernement à prendre la mesure de l’ampleur de la crise à la même époque. Une panoplie de graves manquements, qui ont conduit les bénéficiaires dans l’horreur la plus abjecte, sont rapportés dans les enquêtes sans que cela ne scandalise les commentateurs bourgeois et sans que cela n’entraîne la moindre conséquence réelle pour les responsables. Les autorités en charge des enquêtes finissent par se rabattre sur des constats généraux et des recommandations dignes de vœux pieux, tout en excusant les dirigeants et en qualifiant d’humaine l’erreur qu’ils ont commise… erreur qui a pourtant enlevé la vie à des milliers de personnes, qui a coûté la santé à des milliers de préposées et d’infirmières, et qui a propulsé le virus dans toute la population. Nous payons encore le prix de cette «erreur» aujourd’hui.

Il est sidérant de constater l’impunité dont jouissent les représentants politiques de la classe dominante quels que soient les crimes qu’ils commettent, les résultats d’enquêtes dévoilés ou la nature des poursuites intentées. Pourtant, lorsque des catastrophes s’abattent sur la population de pays dominés comme le Brésil et le Liban, ou de puissances impérialistes concurrentes comme la Russie et la Chine, il est fascinant de voir à quel point les médias et les dirigeants d’ici sont prompts à qualifier sans hésitation les gouvernements en place de criminels et de corrompus. Mais quand les drames surviennent «chez nous», tout l’appareil médiatique bourgeois s’évertue à diluer la responsabilité des décideurs, à les blanchir et à défendre leur bilan indéfendable.

En vérité, le pouvoir bourgeois ne connaît pas d’autres condamnations que celle des prolétaires organisés pour son renversement et pour l’édification du socialisme. Autrement, ses mécanismes internes d’évaluation et de sanction ne peuvent que lui laisser quelques égratignures. Surtout, ces processus entretiennent l’idée que l’État et le gouvernement rendent des comptes alors qu’il n’en est rien.

L’indignation devant la négligence des gouvernements n’est pas déraisonnable. Réclamer que l’on reconnaisse la culpabilité des politiciens et des hauts cadres de l’État n’est pas une demande démesurée. Les médias bourgeois encouragent l’accoutumance devant les atrocités du capitalisme. Mais il faut se souvenir que les gouvernements ont retardé la mise en place des mesures sanitaires nécessaires, et ce, pour demeurer compétitifs dans un marché de concurrence impérialiste.

Plus tard, ils ont précipité une relance économique meurtrière alors que la pandémie n’était pas maîtrisée. À l’échelle des milieux d’hébergement au Québec, le manque de personnel est le produit de l’avarice de ceux qui nous gouvernent. Les coffres sont pleins pour satisfaire les capitalistes (et les médecins), mais certainement pas pour augmenter la masse salariale et embaucher plus de travailleurs de la santé. Plus encore, le gouvernement a lésiné sur la préparation du réseau de la santé, notamment sur la commande d’équipement de protection, et ce, pour ne pas avoir à faire de dépenses… destinées à la peu lucrative santé de la population!

Les personnes âgées ne sont plus à exploiter, mais seulement à soigner. Les garder en santé le plus longtemps possible et les accompagner pour qu’elles aient une fin de vie décente ne représente qu’une dépense pour le gouvernement. Leur force de travail n’est plus à reproduire pour les capitalistes. Pourquoi ceux-ci voudraient-ils investir dans un service à la population qui ne leur rapporte rien?

Au fond, c’est la cruauté de la production capitaliste qui sévit dans les CHSLD et qui a précipité le décès de milliers de gens en 2020. Les travailleurs de la province en ont assez de voir défiler les ministres, les hauts fonctionnaires et les directeurs de telle ou telle instance devant les caméras pour se justifier. Viendront-ils reconnaître leur responsabilité criminelle dans l’hécatombe? Non! Croyons-nous à leur dévotion et leur désolation? Certainement pas, non!

Organisons-nous pour qu’un jour les exploiteurs du peuple soient punis, et pour que ce soit les intérêts des masses qui déterminent combien d’argent sera investi et combien de forces seront déployées pour veiller à la santé de tout le monde.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne