Piquetage de la CSN devant l'hôtel Hilton

Depuis quelques mois, une négociation concernant plusieurs hôtels à travers la province fait des vagues. C’est bien connu : les travailleurs du tourisme et de la restauration travaillent durement pour une bouchée de pain.

Malgré la reprise de l’activité économique de ces secteurs, leurs employeurs vont jusqu’à refuser de leur redonner les conditions de travail qu’ils avaient avant la pandémie. Leur sort est menacé et leurs luttes méritent toute notre attention et tout notre appui.

La négociation coordonnée de l’hôtellerie à la Fédération du commerce (FC-CSN) a été lancée le 14 avril 2021, plus d’un an après que les conventions collectives soient arrivées à échéance. Plus de 2 500 travailleurs réunis dans une vingtaine de syndicats ont été représentés dans les régions de la Capitale-Nationale, de la Montérégie, de l’Estrie, et du Grand Montréal. Ils se sont dotés, en plus des demandes locales, d’une plate-forme de demandes commune comprenant une convention collective d’une durée de quatre ans, des améliorations aux régimes d’assurance collective, le maintien des liens d’emploi et des augmentations salariales variant entre 2,1 % et 4 % par année.

Ce front de travailleurs dans l’hôtellerie a donné lieu à une imposante manifestation le 22 juillet dernier devant les hôtels Delta et Hilton à Québec. Le lendemain, l’on apprenait le scandaleux congédiement de la présidente du syndicat du Marriott Château Champlain pour avoir pris part à une action de visibilité syndicale des plus banales une semaine plus tôt. Pire encore, suite au congédiement de cette employée qui cumulait plus de 30 années de services pour cet hôtel, l’employeur a refusé de poursuive les négociations en sa présence. Conséquemment, des centaines de syndiqués de la CSN de toutes sortes de milieux de travail sont descendus dans les rues de Montréal le 7 août pour dénoncer cette tentative d’intimidation infâme envers les travailleurs mobilisés.

La crise sanitaire a ralenti, voire stoppé, l’activité touristique pendant presque un an. La reprise des réservations hôtelières a marqué le début de la négociation. Sans surprise, les propriétaires hôteliers ont voulu faire payer aux travailleurs le ralentissement que leur secteur économique a connu. Les directions ont donc rappelé au travail de plus petits effectifs qui devaient faire des heures supplémentaires et assumer plus de tâches en moins de temps qu’avant la crise. Par conséquent, les cas de surmenage et les blessures de travail ont connu une croissance. En somme, les employeurs « [ont tenté] de profiter de la crise pour sabrer les conditions de travail pour lesquelles les salariés se sont chèrement battus dans le passé », disait Michel Valiquette, trésorier de la FC-CSN. Conscients que la pandémie ait ouvert une brèche et que la reprise soit une occasion pour la bourgeoisie d’accroître l’exploitation, la négociation coordonnée s’est déroulée sous le slogan très à propos « La relance, ça passe par nous ».

Le 27 août, ce sont les employés de deux grands hôtels de la province qui ont entamé simultanément un débrayage illimité pour dénoncer les offres patronales méprisantes et truffées de reculs : les syndiqués du Hilton à Québec et ceux du Hilton DoubleTree (anciennement le Hyatt Regency) à Montréal. À Québec, l’employeur proposait 2 ans de gel salarial suivis de deux augmentations annuelles de 1 %, des baisses de la contribution de l’employeur au régime de retraite et d’assurance collective, et des reculs au niveau des jours fériés et des congés de maladie. À Montréal, l’employeur visait l’abolition de plusieurs postes en maintenant la même charge de travail pour les préposées aux chambres et les réceptionnistes, la limitation des congés, et des reculs sur le plan salarial.

Le 3 septembre, le Tribunal administratif du travail reconnaissait l’usage de briseurs de grève au Delta de Québec malgré les dispositions anti-scabs prévues au Code du Travail. Insurgés devant cette tricherie mise en œuvre par des employeurs qui ne s’empressaient visiblement pas à s’entendre avec eux, les travailleurs de l’hôtellerie ont organisé, le 17 septembre, la première journée de grève simultanée marquée par trois grands rassemblements à Montréal, Québec et Sherbrooke afin de dénoncer l’étirement des pourparlers et les manœuvres des hôteliers.

Les travailleurs n’étaient malheureusement pas au bout de leurs peines. Le vendredi 1er octobre, jour de l’audience du Tribunal administratif du travail sur le rapport d’inspection accablant révélant le recours à des briseurs de grève au DoubleTree à Montréal, l’on apprenait la fermeture de l’hôtel pour une durée indéterminée. Ainsi, le coupable échappait à cette audience incriminante qui allait entacher la réputation de l’entreprise. Fidèle à sa tactique, la direction de l’hôtel a prétendu que la pandémie l’obligeait à cesser ses activités. Pourtant, le Centre Bell venait tout juste d’annoncer que les gradins allaient rouvrir à pleine capacité. Plus encore, la réouverture de la frontière terrestre canado-américaine était plus imminente que jamais. En vérité, les opérations de l’hôtel ne pouvaient se poursuivre sans les briseurs de grève. Secoués par cette fermeture vengeresse, le 5 octobre, les syndiqués du Hilton de Québec sont venus rendre visite à leurs homologues de Montréal en signe de solidarité. Ils ont manifesté devant l’hôtel Intercontinental (hôtel non-syndiqué appartenant au même employeur) où étaient relocalisés les clients du DoubleTree depuis la veille.

Le jeudi 14 octobre, les travailleurs du colossal Delta de Québec — renfermant 400 chambres — ont entériné le contenu de la convention collective 2020-24. La veille, ce sont les travailleurs du Quality Inn du centre-ville de Montréal qui ont ratifié un contrat de travail de quatre ans. Mais les combines capitalistes n’étaient pas complètement déjouées : le 3 novembre, l’on apprenait que le Marriott Château Champlain avait fait appel à huit briseurs de grève afin de faire le travail des syndiqués pendant que ceux-ci débrayaient en septembre et en octobre, ce qui était venu briser le rapport de forces travailleurs/employeurs et favoriser le prolongement du conflit de travail à la faveur des hôteliers.

En date du 12 novembre, le nombre d’hôtels québécois ayant conclu des ententes s’élevait à onze alors que les travailleurs du Holiday Inn de Laval entérinaient le contenu de leur convention 2020-24 et que 13 autres hôtels poursuivaient leurs négociations. Parmi ces hôtels, deux conflits de travail avaient toujours cours : les grèves générales illimitées du Hilton de Québec et du Hilton DoubleTree de Montréal.

Le combat récent des préposés aux chambres et du personnel employé des hôtels est rempli de rebondissements. Son aspect coordonné lui a donné de la force. Depuis quelques mois, les employeurs se servent de la pandémie et de la soi-disant pénurie de main-d’œuvre pour demander aux travailleurs de donner davantage en échange de moins. Les capitalistes nous mentent : les bas effectifs leur permettent de réduire leurs dépenses. D’un autre côté, il ne faut pas se surprendre si les mauvaises conditions de travail qui sont offertes dans des secteurs comme celui de l’hôtellerie ne retiennent personne. Sous le socialisme, tous ceux qui contribueront à la société auront une rémunération décente et se verront confier des tâches réalisables et stimulantes. Appuyons les travailleurs qui résistent aux reculs de leurs conditions de travail ! Luttons pour se débarrasser un jour des bourgeois parasitaires qui n’ont de la considération que pour eux-mêmes !

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne