Piquetage de la CSN à l'usine Rolls-Royce

Le 15 mars dernier, les 530 ouvriers de l’usine Rolls-Royce Canada à Lachine ont eu recours à leur mandat de grève adopté à 94 % alors que l’employeur venait tout juste de les mettre sauvagement en lock-out. Après qu’ils aient passé deux ans sans contrat de travail, leur dernière convention étant échue depuis mars 2020, la compagnie a jugé bon de les mettre sur le trottoir. Le fabricant britannique, bien connu pour les véhicules de luxe, est installé à Montréal depuis 1947 où il exploite des ouvriers spécialisés dans l’entretien de moteurs d’avions, soient ceux qui propulsent aujourd’hui des jets privés Bombardier et Gulfstream. Or, si la pandémie a provoqué un ralentissement chez les transporteurs aériens, elle a inversement suscité un boom dans l’aviation d’affaires, les bourgeois vivant dans un monde à part où ils ont pu échapper aux contraintes et aux risques sanitaires ayant pesé sur le commun des mortels. Ainsi, les revenus de Rolls-Royce en matière de maintenance ont bondi de 52 % en 2021 pour atteindre 654 millions de livres, soit 1,1 milliard de dollars canadiens. Et ces profits record ont en partie été engrangés par l’exploitation de la force de travail montréalaise qui œuvre justement dans ce domaine d’activités pour le fabricant anglais.

Les machinistes réclament un contrat de travail de 5 ans ; une revalorisation salariale de 5 % par année (alors que l’employeur demande un gel des salaires pour les années 2020-2021) ; une amélioration des horaires de travail ; une bonification des congés et des assurances collectives ; et surtout, l’abolition du régime de retraite à deux vitesses, soit à cotisations déterminées pour les plus récemment embauchés et à prestations déterminées pour les plus anciens. Alors que les travailleurs voudraient que soit éliminé le régime à cotisations déterminées (dont les prestations sont soumises aux aléas du rendement du fonds de pension et donnent donc lieu à des écarts aberrants), l’employeur, lui, veut tout simplement éliminer le régime à prestations déterminées, un régime nettement plus avantageux pour les travailleurs. Avec raison, les ouvriers sont prêts à tout mettre en œuvre pour ne pas perdre cet acquis qui a déjà été rudement mis à mal dans les dernières négociations, lesquelles lui ont fait perdre son caractère universel.

Depuis quelques mois, les ouvriers de l’usine de Lachine sont syndiqués avec la Fédération de l’industrie manufacturière affiliée à la CSN. Le conflit de travail n’est pas de tout repos. D’abord, la compagnie a annoncé qu’elle allait déplacer du travail ailleurs dans son réseau mondial de services d’entretien et de réparation. Puis, le 6 avril, elle a admis devant le tribunal administratif du travail avoir eu recours à deux personnes pour effectuer le travail des lock-outés. Mais quatre autres briseurs de grève sont dans la ligne de mire du syndicat. L’emploi de briseurs de grève par les capitalistes est une pratique anti-syndicale extrêmement répandue que tous les travailleurs doivent dénoncer haut et fort.

Le prolétariat tout entier doit appuyer les ouvriers de Rolls-Royce, dont la lutte touche aux conditions de travail de toute leur classe. Les régimes de retraite à deux vitesses constituent une discrimination profonde pour une bonne partie des travailleurs. Même si la réforme de la Loi sur les normes du travail de 2018 au Québec prévoyait l’interdiction de leur implantation, une vaste proportion d’entreprises du secteur privé ont profité des années précédant l’adoption de la clause à l’Assemblée nationale pour retirer à la classe ouvrière leur régime de retraite à prestations déterminées universel. Bien entendu, le mal est fait, et la loi bourgeoise en est complice, puisqu’elle permet aux régimes à deux vitesses existants de demeurer en vigueur plutôt que de les invalider comme il se doit. Aujourd’hui, certains employeurs comme Rolls-Royce proposent pire encore : abaisser les conditions de retraite et d’assurances de tous les employés au niveau le plus bas. En fait, la bourgeoisie veut se décharger de tout fardeau financier qui ne constitue pas un investissement pour elle-même, et la rente promise aux travailleurs en est un. Depuis le début des années 2000, elle a attaqué un acquis majeur du prolétariat en sabrant les fonds servant à assurer minimalement aux travailleurs une existence décente après leur vie active. La levée de boucliers contre la perte d’une garantie essentielle constitue donc l’affaire de tous. Le capital emploiera toujours tous les moyens pour abaisser le niveau de vie du prolétariat. C’est donc dire que la garantie ultime d’avoir des conditions d’existence satisfaisantes pour les travailleurs n’est contenue que dans le pouvoir ouvrier et le socialisme.

 

 

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