Collage de Teamsters en grève sur l'usine Molson

Les 420 travailleurs de la nouvelle usine brassicole Molson-Coors située sur la Rive-Sud de Montréal débrayent avec détermination depuis le 20 mars dernier. Ils étaient 320 syndiqués de la section locale 1999 des Teamsters réunis lors d’une assemblée pour voter à 99 % en faveur du déclenchement de la grève cette journée-là, de quoi déstabiliser leur employeur sans scrupule.

L’offre patronale finale contenait une augmentation salariale de seulement 2,25 %. Dans un contexte d’inflation rarement observée auparavant, les travailleurs n’ont pas hésité à rejeter cette offre insultante. Selon le dernier bilan de Statistique Canada, l’inflation en avril 2022 se chiffrait à 6,8 %. Il faut remonter à 1991 pour observer un tel bilan (6,9 %). Et la situation n’a pas fini de s’aggraver pour tous les travailleurs canadiens et de partout dans le monde !

Les ouvriers de Molson ont débuté les négociations à l’automne 2021 en vue de l’échéance de leur convention en décembre de la même année. Depuis lors, l’employeur n’a cessé de menacer ses ouvriers d’un lock-out. Il n’entendait pas satisfaire les 61 points d’exigences des travailleurs contenant des demandes quant aux horaires, aux salaires, aux assurances, au régime de retraite et aux avantages sociaux. Si la liste est longue, c’est que les conditions de travail des ouvriers sont à la dérive depuis la fusion de Molson avec l’américaine Adolph Coors Company en 2005, fusion suivie de l’achat de la Millers Brewing Company en 2016. La société est désormais établie non seulement à Montréal, mais aussi au Colorado et même administrée en partie au Wisconsin. Ces fusions et acquisitions monumentales ont fait passer la Molson Coors Brewing Co. au 5e puis au 3e rang des brasseurs en importance dans le monde en combinant un nombre effarant d’employés et de ventes. La multinationale américano-canadienne roule plus que jamais sur l’or. Les avantages économiques de la fusion pleuvent sur les actionnaires et les hauts fonctionnaires de la compagnie brassicole. Son PDG se voyait verser un salaire de 6,8 millions en 2020 alors que sa directrice des finances empochait une coquette somme de 2,8 millions de dollars. Le 29 juillet 2021, l’on apprenait que le brasseur Molson Coors Beverage enregistrait sa plus importante hausse de revenus depuis 10 ans. Ses profits nets se chiffraient à 483,5 millions de dollars. De 2020 à 2021, les ventes nettes du brasseur sont passées de 9,7 milliards à 10,3, soit une hausse de 6,5 %. Au dernier trimestre, la hausse du chiffre d’affaires de l’entreprise atteignait les 2,6 milliards, soit 14,2 %. L’an passé, l’entreprise a même décidé de quadrupler sa production d’eau pétillante alcoolisée au Canada tellement les affaires sont bonnes. Autrement dit, les coffres du brasseur titanesque sont pleins, sauf quand vient le temps de rehausser les conditions de travail des ouvriers qui produisent cette quantité phénoménale de richesses.

La grogne chez les ouvriers de la Molson-Coors provient aussi de l’annonce de mises à pied qui se dérouleront selon un système permettant de ne pas tenir compte de l’ancienneté. Cette intention des plus inquiétantes est en relation directe avec la fin de la production dans les mythiques installations montréalaises de la rue Notre-Dame Est et la migration de cette production vers une usine à la fine pointe à Saint-Hubert. La construction de cette usine a occasionné un investissement d’environ 500 millions de dollars et le versement de 2 millions à la Ville de Longueuil à titre de compensation environnementale pour s’installer en milieu humide protégé. Contrairement au complexe de Montréal, celui de Longueuil est au carrefour des autoroutes 10, 20 et 30. Il possède également un accès à de l’eau en grande quantité, aux ports, aux services d’Hydro-Québec, aux conduits de gaz naturel et à une usine de traitement des eaux usées. C’est ainsi que l’un des plus grands sites industriels au pays avec ses 108 000 m² de superficie est graduellement démantelé. L’usine de Molson au pied du Pont Jacques-Cartier était en opération depuis 1786. Cela fait de Molson l’entreprise canadienne la plus ancienne après la Compagnie de la Baie d’Hudson. Pour en revenir aux mises à pied, à l’automne dernier, Molson-Coors annonçait l’élimination de 190 postes dans la foulée du déménagement. Une restructuration sur 12-20 mois était à prévoir. Selon le système soumis dans l’offre patronale, les départs se feront par département et non à l’échelle de l’usine. Il est donc à prévoir que des travailleurs en haut de l’échelle salariale seront tristement remerciés bien avant l’âge de la retraite. Il est à noter que l’âge moyen des travailleurs de l’usine oscille entre 40 et 45 ans et le salaire moyen à l’usine est de 66 000 dollars annuellement. Les mises à pied annoncées représentent donc une détérioration considérable des conditions de vie de plusieurs ménages prolétariens de la grande région de Montréal. La nouvelle usine de Longueuil a été inaugurée en 2018. Le déménagement de Montréal à Saint-Hubert a occasionné bien des bouleversements pour les travailleurs et a fragilisé leur lien d’emploi avec la Molson-Coors. Pour pallier la diminution voulue de sa main-d’œuvre, le brasseur mise sur l’automatisation de l’usine brassicole, sur la sous-traitance du lavage de bouteilles, sur l’augmentation de la charge de travail des livreurs (dont plusieurs sont déjà invalidés par des blessures), mais plus encore, sur l’imposition de temps supplémentaire obligatoire et du travail de fin de semaine, une disposition contenue dans l’offre rejetée par les grévistes. Ainsi, le brasseur maximise l’exploitation d’une masse réduite de travailleurs et abaisse sa masse salariale, ruinant la vie d’ouvriers licenciés et accroissant la pénibilité du travail pour les travailleurs restés en poste.

La bataille n’est pas facile pour les travailleurs en grève. Les journalistes pondent des petits entrefilets à propose de tenanciers de bars furieux et larmoyants qui déplorent qu’en période d’achalandage printanier et estival, ils ne parviennent pas à contenter leur clients réclamant une Molson Ex, une Coors Light, une Rickards Red ou encore une Black Label. Ainsi, ils espèrent que les clients pointeront du doigt les grévistes. Qu’à cela ne tienne ! Les ouvriers tiennent le fort devant un géant qui concentre une grande partie de la production de bière pour la prospérité d’une poignée de bourgeois. Cela dit, le syndicat fait face à un ennemi de taille, en partie installé de l’autre côté de la frontière, qui a les moyens de traîner les travailleurs dans la boue. S’ajoutent à ce tableau hideux des briseurs de grève repérés par les travailleurs depuis les premiers jours de débrayage en plus d’une injonction de la cour contre les piquets de grève fermes. La partie n’est pas finie. C’est donc dire que la plus grande solidarité s’impose, d’un bout à l’autre de l’Amérique du Nord !

Dans les mois à venir, le contexte inflationniste hors de l’ordinaire qui génère l’appauvrissement général des travailleurs donnera lieu à des conflits de travail houleux qu’il faudra supporter vivement. Les familles de travailleurs canadiens sont inquiètes. Il devient de plus en plus exigeant d’assurer leur survie. Aussi, les capitalistes n’hésitant pas à user de toutes sortes de stratagèmes pour faire croître leurs profits et ne pas engranger de pertes, les travailleurs se retrouvent face à une incertitude constante quant à la conservation de leur travail. Cela s’ajoute à l’incertitude quant au maintien de leur qualité de vie. Depuis l’automne dernier, la situation est toujours plus intenable de semaine en semaine. La colère monte et gronde. Les capitalistes ne s’aident qu’entre eux et pourrissent la vie des gens ordinaires. Il faut leur résister partout et surtout s’organiser en tant que classe pour les faire tomber.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne