Photo d'une gare de Novabus

Le 3 juin dernier, les quelque 300 ouvriers de l’usine Novabus de Saint-François-du-Lac au Québec sont entrés en grève générale illimitée.

Membres de la section locale 1362 du syndicat Unifor, les travailleurs avaient voté à 98% pour la grève le 29 janvier dernier en réponse à l’offre salariale de 3% faite par leur employeur dix jours plus tôt, une offre dérisoire dans un contexte où l’inflation galopante atteignait déjà 5,2%. Le 27 mars, les ouvriers de l’usine de fabrication de structures d’autobus avaient renouvelé à 98,5% le mandat de grève lors d’une assemblée spéciale où le taux de participation avait atteint la proportion impressionnante de 95,1%, « du jamais vu pour nous sur 283 membres » selon ce qu’avait déclaré Serge Mineau, soudeur et président Unifor. Visiblement, l’unité des travailleurs et leur motivation à faire plier les capitalistes de Novabus étaient particulièrement fortes. Comme l’affirmait Serge Mineau, « [l]es gens sont déterminés et vont faire ce qu’il faut pour obtenir une convention collective à la hauteur de leurs attentes. Nos litiges pour le moment sont la sous-traitance, les heures supplémentaires ainsi que le salaire. » Le mandat de grève avait finalement été renouvelé une dernière fois le 26 mai dans les mêmes proportions, témoignant du fait que la volonté de lutter contre les patrons ne s’était pas émoussée avec le temps. Trois journées de débrayage avaient également eu lieu avant le déclenchement de la grève générale illimitée.

Les travailleurs de l’usine de Saint-François-du-Lac sont majoritairement des soudeurs. L’usine en compte entre 150 et 200. Les autres ouvriers ont des emplois connexes liés par exemple à l’inspection de la soudure. Les travailleurs de l’usine fabriquent le châssis et installent les planchers des autobus. L’assemblage et la finition se font ensuite aux usines de Saint-Eustache au Québec et de Plattsburgh aux États-Unis. Les autobus sont finalement distribués sur le marché nord-américain. On retrouve des véhicules produits par les ouvriers de Novabus dans plusieurs grandes villes canadiennes, dont Montréal et Vancouver, par exemple.

C’est principalement pour que soient satisfaites leurs demandes salariales que les ouvriers de Saint-François-du-Lac ont déclenché la grève générale, les aspects normatifs étant désormais réglés selon le syndicat. Les patrons offrent à présent 4,5% d’augmentation la première année, 2% la deuxième et 2,5% la troisième année du contrat de travail. L’inflation provoquée par la bourgeoisie continue pourtant d’augmenter de façon inquiétante : elle a atteint près de 7% en avril et rien n’indique que la tendance serait sur le point de s’inverser. Dans ce contexte, les augmentations salariales offertes par Novabus représentent une baisse du salaire réel des ouvriers. Or, les 300 ouvriers de l’entreprise aspirent non seulement à conserver leur pouvoir d’achat actuel, mais à l’augmenter, avec raison. Commentant l’offre de l’employeur, Jean-Rod Morin, le représentant national d’Unifor dans le dossier, a affirmé récemment : « C’est en deçà du coût de la vie. Les gens s’attendent plutôt à un rattrapage salarial, même. Ou sans parler de rattrapage, les gens s’attendent à une augmentation salariale. »

Il faut savoir que les travailleurs habitent tous à l’extérieur de Saint-François-du-Lac et que beaucoup d’entre eux viennent d’aussi loin que Trois-Rivières, Drummondville et Sorel pour travailler à l’usine Novabus, ce qui signifie qu’ils doivent rouler de 30 à 45 minutes en voiture pour se rendre au travail et rentrer à la maison. La hausse fulgurante du prix de l’essence actuellement provoquée par les monopoles de l’énergie constitue donc pour eux une importante dépense supplémentaire qui gruge leur budget personnel. Les ouvriers de l’usine de Saint-François-du-Lac ont d’autant plus besoin d’une hausse salariale substantielle pour pouvoir encaisser la hausse généralisée du coût de la vie et continuer à faire vivre leurs familles.

Du côté des capitalistes, faire baisser les salaires des travailleurs de manière déguisée à travers l’inflation est une bonne façon d’augmenter la part de profits dans leur chiffre d’affaires. D’ailleurs, selon Datanyze, l’entreprise Novabus, qui emploie 1 500 travailleurs au Québec et aux États-Unis, aurait des revenus annuels s’approchant de 500 millions de dollars, soit autour de 330 000 dollars par employé. Par ailleurs, l’entreprise fondée en 1993 est depuis 2004 la propriété exclusive de la multinationale suédoise Volvo dont les profits ont été de 43 milliards de couronnes suédoises en 2021, soit l’équivalent de plus de 6 milliards de dollars. La « puissance financière du Groupe Volvo », dont bénéficie Novabus selon ses propres dires, ne sert visiblement pas à améliorer le sort des ouvriers qui produisent toute cette richesse : ce sont évidemment les capitalistes et leurs fonctionnaires privés qui s’en mettent plein les poches. L’entreprise Novabus a aussi bénéficié de généreuses subventions gouvernementales dans les dernières années. En juin 2021, elle a reçu 15 millions de dollars du gouvernement Trudeau, une subvention servant à soutenir l’électrification des transports. En 2017, l’entreprise a également reçu une « contribution financière non remboursable » de 15 millions de dollars de la part du gouvernement du Québec pour moderniser ses deux usines québécoises. Encore une fois, ces subventions ont servi à engraisser le capital avec l’argent de la classe ouvrière.

Outre leurs revendications salariales, les employés de l’usine Novabus de Saint-François-du-Lac dénoncent l’ambiance de travail dans l’entreprise et les méthodes de gestion despotiques de la nouvelle direction. Les patrons font régner un climat de terreur dans l’usine en abusant de mesures disciplinaires. « Ce sont de vrais tyrans », a déclaré un ouvrier rencontré par Cause ouvrière sur la ligne de piquetage. Les propos de ce gréviste concordent avec ce qu’affirme publiquement Unifor : « Les relations de travail sont difficiles et nos membres ne se sentent pas respectés ».

D’une usine à l’autre, de nombreux ouvriers se plaignent du mépris dont ils font l’objet ainsi que du comportement tyrannique de leurs patrons. Bien sûr, il y a des entreprises au sein desquelles la direction tend à imposer des mesures répressives particulièrement abusives et où les relations de travail sont plus mauvaises qu’ailleurs. Mais dans l’ensemble, les prolétaires n’obtiendront jamais de véritable respect tant et aussi longtemps que sera maintenu le régime économique actuel. En effet, dans ce régime économique, les moyens de production sont la propriété privée des capitalistes, lesquels les achètent et les utilisent dans le seul but d’obtenir du profit. Les usines leur appartiennent et ils en font bien ce qu’ils veulent. Les ouvriers, quant à eux, sont aussi en quelque sorte la « propriété » des capitalistes pendant leurs heures de travail. En effet, dans le cadre d’une journée à l’usine, les ouvriers ont vendu leur force de travail aux capitalistes pendant une période de temps déterminée, période pendant laquelle ces derniers en font usage comme bon leur semble de la même manière que l’on fait usage de n’importe quelle marchandise. Pour le capital, le but de cette transaction n’est pas d’offrir des conditions de travail adéquates aux prolétaires, mais bien de leur soutirer de la plus-value, c’est-à-dire de les exploiter. Dans ces conditions, comment pourrait-on espérer que les travailleurs soient véritablement respectés?

À l’échelle de toute la société, la bourgeoisie contrôle les forces productives et exerce sa dictature sur le prolétariat. Ce n’est qu’en lui arrachant les moyens de production et en en faisant leur propriété collective que les ouvriers mettront fin au rapport inégal et injuste permettant au capital d’accaparer les richesses qu’ils produisent et d’abaisser constamment leurs salaires, comme l’entreprise Novabus tente présentement de le faire avec ses employés de Saint-François-du-Lac. Ce n’est qu’en accomplissant une telle révolution que les ouvriers obtiendront par le fait même le respect qu’ils méritent.

Dans le passé, lorsque les ouvriers ont pris le contrôle des moyens de production, les bourgeois ont appelé cela « dictature ». C’était effectivement une dictature, mais elle était cette fois-ci dirigée contre la minorité d’exploiteurs contrairement à ce qu’il en est sous le capitalisme. Pour ne pas que les ouvriers aient la volonté de prendre le pouvoir à nouveau, la bourgeoisie a propagé des faussetés sur le communisme pendant tout le dernier siècle. Elle en a fait une description qui est l’exact contraire de la réalité : elle a qualifié les pays socialistes de régimes « anti-démocratiques » et « autoritaires » et elle est même allée jusqu’à prétendre que ces pays se caractérisaient par le fait qu’une minorité avait confisqué toutes les richesses, c’est-à-dire précisément ce qui se produit sous le capitalisme.

En vérité, les vrais tyrans, les vrais ennemis des travailleurs, ce ne sont pas les communistes, mais bien les exploiteurs bourgeois. Pour la majorité de la population, c’est sous le capitalisme qu’il n’y a pas de démocratie : les travailleurs doivent se soumettre au capital dans le procès de production et n’ont aucun contrôle sur l’économie, c’est-à-dire sur leurs conditions générales d’existence. Dans les pays socialistes, au contraire, la classe ouvrière n’était plus exploitée et exerçait un contrôle réel sur la production. Les ouvriers étaient hautement respectés : ils étaient même considérés comme des héros par les institutions publiques et par la nouvelle culture dominante. N’en déplaise à la bourgeoisie, les ouvriers prendront à nouveau le pouvoir dans le futur pour écraser les tyrans capitalistes, supprimer l’esclavage salarial et édifier une société socialiste libérée de l’exploitation.

Prendre possession de toute la richesse contenue dans la société, c’est ce à quoi peut aspirer légitimement la classe ouvrière. Cette richesse, c’est elle qui la produit entièrement. Les ouvriers de Novabus, qui fabriquent des moyens de transport indispensables à la vie collective moderne, font partie de cette vaste classe sociale sur laquelle toute la société repose. Comme l’ensemble du prolétariat, ils méritent bien mieux que les conditions dans lesquelles le capitalisme les maintient. Leurs revendications actuelles sont directement liées au besoin général de la classe ouvrière de s’émanciper de ces conditions. En attendant la victoire complète contre le capital, la lutte pour que leurs demandes immédiates soient satisfaites doit être menée le plus loin possible.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne