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Il y a près d’une décennie, la France a augmenté sa présence militaire dans le Sahel pour prétendument combattre le terrorisme et stopper l’avancée des rebelles touaregs au Mali. En effet, en 2014, l’Élysée lançait l’Opération Barkhane en déployant 5 000 soldats sur le territoire malien, mais aussi sur celui du Burkina Faso, du Niger et du Tchad. C’est pourtant en grande partie l’invasion de la Libye par l’Otan et l’expulsion – puis l’assassinat – de Kadhafi en 2011 qui ont conduit à l’instabilité et à la flambée de violence dans la région de même que dans les territoires adjacents à la Corne d’Afrique. Et les interventions subséquentes de la France n’ont fait qu’aggraver la situation. Lors d’un discours prononcé au Conseil de sécurité des Nations unies en octobre dernier, le ministre des affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, a même accusé la France de livrer des armes aux militants islamistes qui paralysent son pays depuis plus de dix ans. Après huit ans d’occupation française, sans compter tous les autres déploiements militaires ayant précédé la Barkhane – comme la Serval et l’Épervier –, opérations qui constituent en fait la suite de la colonisation française du continent africain, force est de constater que « l’initiative anti-terroriste » de la France est une hypocrisie : elle accroît les menaces à l’intégrité des territoires sahélo-sahariens en plus de faire des morts parmi la population civile.

Or, l’on assiste, depuis deux ans, à la montée de mouvements de résistance envers les envahisseurs impérialistes dans plusieurs pays d’Afrique. Suite au coup d’État, dirigé par le colonel Assimi Goïta, au Mali en 2020, le ton s’est durci envers le président Emmanuel Macron, et ce, jusqu’à l’annonce du retrait des troupes françaises en juin 2021. Notons qu’à l’automne 2022, le Mali dénonçait la France de violer son espace aérien malgré le retrait officiel de l’armée française et déclarait qu’il allait exercer son droit à l’autodéfense si la France continuait de menacer sa souveraineté territoriale et sa sécurité nationale. Au Niger, en novembre 2021, des manifestants ont confronté un convoi militaire français en provenance du Burkina Faso qui avait franchi la frontière du pays. En avril 2022, au Mali, les médias Radio France internationale (RFI) et France24 ont été suspendus après avoir colporté de fausses allégations de violations des droits humains par l’armée malienne; la junte militaire a aussi procédé au bannissement des ONG françaises en novembre 2022. En juillet et en août 2022, la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, a été le théâtre d’une série de manifestations contre l’occupation française. L’on pouvait lire à travers la foule « Aucune entente avec la France! », ou encore « La France est impérialiste, tyrannique et parasitaire! Dehors! ». Le 18 septembre 2022, des Nigériens ont pris d’assaut les rues de leur capitale, Niamey, avec des bannières sur lesquelles il était écrit « Armée française, criminelle! » ou encore « L’armée coloniale barkhane doit partir! ». Dans la foulée de ce mouvement de protestation hostile à la France, à la fin du mois de septembre 2022, au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a pris le pouvoir sous le regard inquiet des autorités françaises et a annoncé la destitution du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ce dernier avait lui-même orchestré un coup d’État contre Roch Marc Christian Kaboré en janvier 2022. Au début du mois d’octobre 2022, des manifestants se sont réunis devant l’ambassade française à Ouagadougou et ont mis le feu à ses clôtures. Le 3 décembre dernier, le nouveau gouvernement du Burkina Faso a à son tour ordonné la suspension du média RFI accusé de jeter le discrédit sur le peuple burkinabé.

Ces événements rappellent un peu l’effervescence politique porteuse qu’a connu le Burkina Faso il y a de ça quarante ans. De 1983 à 1987, le président Thomas Sankara a dirigé une lutte révolutionnaire pour nationaliser les ressources minières du pays, développer l’agriculture, renverser la désertification, développer un système de santé public, lancer des campagnes d’alphabétisation, combattre la corruption entretenue par l’impérialisme français et américain, ainsi que dénoncer le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour l’endettement asphyxiant des pays africains. Sankara a été assassiné, avec la complicité évidente de la France, le 15 octobre 1987. Après sa mort, le renégat Blaise Compaoré s’est empressé de manger dans la main de la France. Celle-ci a mis fin à toutes les politiques progressistes de Sankara et a remis le pays sous le joug du FMI et de la BM. Compaoré s’est accroché au pouvoir jusqu’à ce qu’il soit renversé suite à une révolte populaire en 2014. Le 8 février 2022, le parquet militaire burkinabé l’a déclaré coupable d’atteinte à la sûreté de l’État et de complicité de meurtres, entre autres pour celui de Sankara.

Encore aujourd’hui, le peuple burkinabé, comme bien d’autres peuples frères, continue de souffrir de pauvreté, de malnutrition et d’analphabétisme. Le chômage chez les jeunes atteint des niveaux record. Par conséquent, récemment, l’attrait de l’exploitation aurifère informelle à petite échelle entraîne les Burkinabés aux abois dans un travail de mineur non qualifié des plus dangereux qui soit sur Terre. En fait, aujourd’hui, un quart des Burkinabés dépendent de l’orpaillage pour survivre. En plus, la population vit dans l’ombre de l’islamisme et des bandits – qui eux-mêmes contrôlent certaines mines d’or artisanales très lucratives dans lesquelles la vie de milliers de travailleurs désespérés est fauchée chaque année. En somme, les contradictions sociales qui ont permis la montée révolutionnaire des années 1980 au Burkina Faso sont toujours présentes et d’autres sont apparues depuis.

L’Afrique est pour la France, comme pour le Canada et les États-Unis, un terrain de jeu où l’on perçoit des dettes insensées, où l’on pille les richesses naturelles et où l’on exploite une main-d’œuvre à bas prix. Même s’ils prétendent le faire pour « lutter contre le terrorisme » ou pour des raisons « humanitaires », les impérialistes n’interviennent en Afrique qu’à des fins d’exploitation. Afin de justifier leurs actes et d’imposer leur autorité, les impérialistes européens et nord-américains fabriquent la calomnie selon laquelle l’instabilité en Afrique est causée par l’immaturité ou la passivité des masses. Ainsi, ils entretiennent l’illusion bourgeoise réconfortante selon laquelle les pays dominés sont destinés à servir les intérêts de l’impérialisme à tout jamais. Mais en fait, c’est la bourgeoisie impérialiste elle-même qui tire profit de l’activité des forces locales déstabilisatrices liées aux intérêts réactionnaires comprador et féodaux. Plus encore, cela fait des siècles que les puissances coloniales provoquent des génocides, massacrent les populations, exploitent la planète entière et empêchent le développement d’économies indépendantes ailleurs que chez elles. Il ne faut pas s’étonner que les masses des pays dominés rejettent de plus en plus leurs fausses « solutions » et cherchent même à les expulser définitivement de leurs pays. Les peuples du monde aspirent aujourd’hui à une réelle indépendance politique et à un développement économique autonome. Cela va dans le sens du progrès historique, dans le sens du socialisme. Le fait que la France soit en train de se faire chasser de ses anciennes colonies africaines est donc une excellente nouvelle pour les masses populaires du monde entier. Dans le grand affrontement en cours entre l’immense majorité de l’humanité et l’extrême minorité constituée par les bourgeoisies impérialistes parasitaires, il va sans dire que la classe ouvrière et les révolutionnaires du Canada doivent se ranger résolument du côté de la résistance grandissante au néo-colonialisme et de l’émancipation des grandes masses de la population mondiale. Vive le soulèvement et la libération des peuples dominés!

Cela fait plus d’un mois que la grève pour les salaires dans les raffineries et les dépôts des groupes pétroliers TotalEnergies et ExxonMobil a commencé en France. Dans un contexte où l’augmentation du prix de l’énergie permet aux pétrolières de générer des profits record, les ouvriers exigent des hausses salariales suffisantes pour faire face à l’inflation. « On réclame du pouvoir d’achat, pour combler la perte de pouvoir d’achat de 2022 et satisfaire l’inflation de 2023 », expliquait Christophe Aubert, délégué syndical central CGT.

L’ampleur de la grève est telle qu’elle entraîne une importante pénurie de carburant : dans la fin de semaine qui marquait la mi-octobre, 27,3% des stations-service manquaient d’au moins un produit et ce pourcentage s’élevait à 39,9% dans la région parisienne. Face à cette importante mobilisation ouvrière, la machine de répression de la bourgeoisie française s’est rapidement activée. D’abord parce que ses intérêts sont directement affectés par les pénuries, mais aussi parce qu’elle voit dans cette grève l’embryon d’un mouvement de contestation plus large de la situation économique générale dont elle est responsable et dont elle profite, la bourgeoisie française cherche par tous les moyens à mettre le couvercle sur la marmite.

Notamment, à partir du mercredi 12 octobre dernier, l’État français a mis en œuvre une mesure extraordinaire de réquisition de grévistes, mesure forçant plusieurs salariés à retourner au travail sous peine de sanctions pénales. Le 12 octobre, dans la région de Normandie, quatre salariés d’ExxonMobil ont été réquisitionnés de la sorte pour permettre le fonctionnement du dépôt de carburants de Port-Jérôme (Seine-Maritime) et le ravitaillement des stations-service d’Île-de-France. Les grévistes refusant d’obtempérer s’exposaient à une peine allant jusqu’à six mois de prison et 10 000 euros d’amende. Le lendemain, des salariés du dépôt TotalEnergies de Mardyck, dans le Nord, ont été réquisitionnés à leur domicile par la gendarmerie nationale, devant leur famille et leurs voisins. Des dizaines de policiers ont également pris position sur le site du dépôt de carburant de Mardyck afin d’empêcher toute action de la part des grévistes qui aurait visé à entraver la reprise des opérations.

Il est intéressant de constater que la bourgeoisie, dont le principal argument pour justifier son système d’exploitation consiste généralement à dire que les ouvriers sont libres de travailler ou pas pour les capitalistes, n’hésite pas à bafouer cette soi-disant « liberté » lorsque ses intérêts sont menacés et lorsqu’il est nécessaire pour elle de faire fonctionner des secteurs clés de l’économie. En fait, ce que ces réquisitions révèlent est que le salariat capitaliste n’est rien d’autre qu’une forme moderne et raffinée d’esclavage. Commentant ces mesures répressives déployées par l’État français à la solde du patronat, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a déclaré :

« Quand on va chercher des grévistes à la maison avec des gendarmes et qu’on les oblige à aller au boulot, ça s’appelle une remise en cause du droit de grève. Donc les réquisitions sont une remise en cause du droit de grève. J’entends des ministres qui disent qu’il y a très peu de salariés en grève. Pourquoi ils ne vont pas chercher des non-grévistes pour faire tourner les raffineries? Ça prouve, d’une part, qu’il y a beaucoup beaucoup de salariés en grève, et que le gouvernement choisit la force en envoyant les gendarmes ou la police pour aller chercher les grévistes et les obliger à travailler. »

Loin de mettre un terme au mouvement, les réquisitions ont mis le feu aux poudres et ont eu pour effet d’élargir la mobilisation. Le dimanche 16 octobre, plusieurs dizaines de milliers de Français ont défilé dans les rues de Paris pour dénoncer « la vie chère ». La manifestation avait été appelée à l’initiative de la Nupes et de La France insoumise qui visent à former une coalition de partis parlementaires de « gauche » pour tenir tête à Macron, c’est-à-dire à surfer de manière opportuniste sur la colère prolétarienne et à la canaliser dans une voie inoffensive pour la bourgeoisie. Bien entendu, l’initiative étant celle de cette frange de représentants de la bourgeoisie dans l’opposition, on a greffé au mouvement la dénonciation de « l’inaction climatique ». Comme ici au Canada, la « gauche » parlementaire française préfère aujourd’hui parler d’écologisme plutôt que de pauvreté et d’appauvrissement : il faut décrier cette odieuse récupération. Quoi qu’il en soit, l’on pouvait voir dans la grande manifestation des éléments prolétariens tels qu’une femme arborant le gilet jaune ainsi qu’une bannière sur laquelle l’on pouvait lire « Nos vies valent plus que vos profits! » ou encore « On les vire tous; On reconstruit tout mieux! ».

Surtout, les Fédérations syndicales soutenant la marche ont tenu, à cette occasion, à relayer des appels à la grève générale qui était prévue le mardi 18 octobre, appels notamment lancés en réponse aux réquisitions des salariés des raffineries. Ces appels ont été formulés par des syndicats de la fonction publique et des transports (chemins de fer, métro parisien et ports). Dans cette foulée, l’incontournable grève des raffineurs a été reconduite par la CGT à la raffinerie de Feyzin dans le Rhône et de Gonfreville-l’Orcher en Normandie, entre autres, et ce, malgré l’accord salarial avec les deux syndicats majoritaires, le travail ayant repris plus tôt dans la semaine du 10 octobre dans deux raffineries du groupe Esso-ExxonMobil. La CGT, de son côté, continue, encore à ce jour, de réclamer 10% d’augmentation salariale rétroactive pour résister à l’inflation, mais aussi pour mettre la main sur les recettes indécentes générées par les pétrolières : TotalEnergies a enregistré des profits nets de 5,7 milliards de dollars pendant la période d’avril à juin cette année. La CGT a donc aussi joint sa voix à d’autres syndicats, c’est-à-dire à FO, FSU et Solidaires, afin de mobiliser les travailleurs pour la grève générale du mardi 18 octobre.

Lors de cette journée de grève générale, des centaines de milliers de travailleurs (300 000 selon la CGT) se sont bel et bien réunis aux quatre coins de la France pour réclamer de meilleurs salaires. Dans le centre du Havre, les ouvriers des raffineries ont entamé une marche. Ils étaient rejoints par d’autres grévistes dont des travailleuses de la santé et des enseignantes. « Dans mon secteur, je pense qu’on est touché comme tout le monde par les baisses de salaires ou la non augmentation des salaires par rapport au coût de la vie », disait l’une d’entre elles. Les employés de l’important port du Havre ont également grossi les rangs de la manifestation à une intersection. Les cheminots de la gare de la ville ont eux aussi mis à exécution l’arrêt de travail pour protester de telle sorte que seul un train sur deux ne circulait au cours de la journée.

En plus des bas salaires, la réforme proposée par Macron visant à hausser l’âge de la retraite était contestée cette journée-là. « Il y en a marre que tous nos présidents nous parlent qu’il faut se serrer la ceinture, qu’il faut faire des efforts, que c’est fini l’abondance. L’abondance, c’est pas pour nous, c’est pour les riches. Nous, notre abondance, c’est simplement de regarder dans le frigo si l’on peut finir la fin de mois. », s’exclamait un autre gréviste indigné.

Toujours dans le Havre, les travailleurs du secteur pétrolier, plus tôt dans la journée, avaient fait un coup d’éclat en bloquant les accès au quartier industriel dans lequel la raffinerie TotalEnergies de Gonfreville, la plus importante raffinerie de France, se trouve. « Ils ont commencé à nous entendre une fois qu’on a éteint l’outil de travail et qu’on a bloqué les stocks. […] Après oui, on a peut-être un impact qui est plus visible, plus fort que les autres. Bien l’on ne va pas en rougir. La population doit comprendre qu’on donne le la. Maintenant, il faut qu’ils suivent », affirmait avec conviction un ouvrier de la raffinerie. Effectivement, les travailleurs qui œuvrent sur les moyens de production les plus avancés et qui produisent une marchandise volumineuse dont on ne peut se passer ont entre les mains la possibilité, dans le bras de fer avec la bourgeoisie, de perturber lourdement l’activité lucrative de celle-ci et donc de lui nuire. Par le fait même, ils ont un rôle locomoteur. Il importe donc de souligner les actions perturbatrices de cette partie de la classe ouvrière, actions dignes d’une grande audace. D’ailleurs, lors de la fin de semaine du 24 octobre, le quart des stations-service du pays avaient toujours des problèmes d’approvisionnement en essence. « C’est vrai que pour les automobilistes, c’est ennuyeux, mais je soutiens totalement les grévistes, quand on voit comment les coûts ont augmenté », affirmait un fonctionnaire du Havre qui passait par-là. Ailleurs, un chauffeur de taxi disait voir son gagne-pain directement affecté par la grève, mais plutôt que de le déplorer, il déplorait ne pas pouvoir se joindre au mouvement de grève étant travailleur autonome.

Bien entendu, la bourgeoisie française usera de toutes sortes de ruses pour que s’essouffle le mouvement contre l’exploitation qui devient plus aiguë. Elle invoquera les difficultés engendrées par la guerre en Ukraine ou encore la « crise de l’énergie » pour attaquer le prolétariat de son pays, et ce, même si c’est elle-même qui a provoqué cette crise, notamment par les sanctions économiques et les actions hostiles contre la Russie qu’elle a choisit de mettre en œuvre (dans le but de préserver la domination de la coalition impérialiste occidentale qui lui assure ses surprofits).

Mais devant les aberrations toujours plus visibles du capitalisme, les travailleurs entendent se révolter. C’est donc dire que la conjoncture économique est très favorable à l’effervescence du mouvement ouvrier. Cependant, le mouvement communiste, lui, connaît un ressac depuis plusieurs décennies. Tous ceux qui sont entraînés dans la lutte et qui cherchent une solution pour mettre un terme aux cycles d’aggravation de l’exploitation capitaliste doivent prendre très au sérieux la nécessité de rebâtir la lutte pour le pouvoir prolétarien en se basant sur les enseignements du matérialisme historique. À travers ce processus difficile mais porteur, réjouissons-nous de voir qu’au sein d’une grande puissance impérialiste comme la France, la lutte des classes s’intensifie et, comme on a également pu le voir récemment avec les grèves et les manifestations contre l’inflation au Royaume-Uni et ailleurs en Europe, donne lieu à de puissants affrontements avec la bourgeoisie.

Le 7 septembre dernier, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Port-au-Prince et d’autres villes d’Haïti pour dénoncer la vie chère, l’insécurité et la corruption dans leur pays. Cette manifestation faisait suite au crescendo de dizaines de marches et de sit-in ayant eu lieu au printemps et à l’été dernier pour exprimer les revendications du peuple haïtien. Depuis le 7 septembre, des manifestations combatives et de grande envergure ont pris forme aux quatre coins du pays. Les manifestants ont paralysé des communes côtières comme Port-de-Paix, Petit-Goâve ou encore Jérémie. Des barricades constituées de roches, de pneus incendiés et de véhicules ont été dressées un peu partout sur l’Île. Ces manifestations font écho à celles du 22 août dernier qui avaient des allures similaires et qui coïncidaient avec l'anniversaire du soulèvement d'esclaves de 1791, soulèvement à l’origine de la longue lutte pour l'indépendance politique d'Haïti obtenue en 1804.

Les voix se sont élevées dans les cortèges pour appeler à faire tomber le premier ministre Ariel Henry impopulaire et illégitime sur le plan constitutionnel, mais aussi pour crier au manque de travail dans un pays dont le taux officiel de chômage augmente de manière fulgurante depuis deux ans, étant passé de l’inquiétant taux de 13,91% en 2019 au taux de 15,73% en 2022. En Haïti, 60% de la population subsiste avec 2$ par jour. « À bas la misère! », a-t-on pu entendre dans les manifestations. « On besoin d’argent pour vivre! »

En Haïti, la flambée des prix à la consommation est des plus dures. L’essence se fait de plus en plus rare, et lorsqu’il y en a, elle coûte plus de 15$ US le gallon. Par conséquent, les Haïtiens qui ont un travail ne peuvent plus s’y rendre. Aussi, les prix des biens essentiels montent en flèche, comme par exemple le riz dont le prix a quadruplé. L’inflation est au taux de 30% et promet encore de monter. Des milliers d’Haïtiens meurent de malnutrition et de manque d’accès à l’eau, aux installations sanitaires et aux soins. Jean Baden Dubois, gouverneur de la banque centrale d'Haïti, a déclaré que l'économie se contracterait probablement de 0,4% cette année, après une forte dépréciation de la monnaie gourde.

Parallèlement, dans un tel contexte de pauvreté, la criminalité est devenue endémique. Les enlèvements et les meurtres de centaines de civils par des gangs se multiplient depuis quelques mois, plongeant la population dans la terreur. Les guerres de territoire de gangs dans le bidonville de Cité Soleil auraient entraîné la mort ou la disparition de 470 Haïtiens, incluant des enfants, et ce, en seulement une semaine à l’été dernier.

Devant la montée de la protestation populaire, l’Unité de lutte contre la corruption, sous la direction du ministère de l’économie et des finances d’Haïti, s’est résignée à publier timidement, le 25 août, un rapport de 30 pages qui fait la recension d’une dizaine de combines et d’irrégularités dans des mairies, des agences gouvernementales et des écoles du pays. Le maigre rapport, qui ne dévoile que la pointe de l’iceberg, conclut que cette corruption gouvernementale aurait coûté 4 millions de dollars US dans les derniers mois.

Le triste sort d’Haïti est le produit de siècles de domination par les puissances occidentales, allant du colonialisme à l’impérialisme et de l’esclavagisme à l’exploitation économique et politique « modernes ». Cette domination impérialiste se manifeste à un niveau presque inégalé sur le globe. Depuis les années 1990, le pays est le théâtre d’opérations militaires, de coups d’État, de répressions sanglantes, d’occupations, le tout orchestré par les États-Unis, les Nations Unies et leurs complices, dont le Canada. Haïti est victime d’un interminable pillage et sa population est plongée dans une misère toujours plus indicible d’année en année. Souvenons-nous de la participation du Canada dans l’intervention militaire musclée de 1994 ou encore de son rôle dix ans plus tard, aux côtés de la France et des États-Unis, dans l’invasion de 2004 et dans l’occupation militaire qui a duré jusqu’en 2019.

Les mots de Joe Biden, alors sénateur du Delawar, en 1994, résument bien l’état d’esprit des impérialistes qui piétinent la population haïtienne sans remord depuis plus d’un siècle : « Si Haïti s'enfonçait tranquillement dans les Caraïbes ou montait de 300 pieds, cela n'aurait pas beaucoup d'importance en termes d'intérêt. » Nul besoin de souligner que la majorité des Haïtiens considèrent que les puissances étrangères ne cherchent qu’à semer le chaos dans leur pays : faim, choléra, violence, désintégration des institutions. Tous les maux s’abattent sur eux et la domination impérialiste en est l’instigatrice. Dans ce contexte de vie inhumain, l’on assiste au plus grand exil planétaire depuis 2004, celui d’Haïtiens qui embarquent par centaines sur des bateaux à destination des Keys de la Floride, au péril de leur vie, dans l’espoir d’une vie meilleure sur les terres de l’envahisseur américain.

Présentement, le plan de l’impérialisme américain est de maintenir au pouvoir Ariel Henry le plus longtemps possible, contrairement à ce qu’il en était en 1991, 1994 et 2004, car l’actuel président est une marionnette de l’impérialisme, ce que Jean-Bertrand Aristide n’était pas. D’ailleurs, l'appel d'Aristide à la restitution de la dette de plus de 21 milliards de dollars payés injustement pour l'indépendance d'Haïti explique en partie le coup d’État de 2004 qui avait été piloté par les États-Unis, la France et le Canada pour chasser du pouvoir cet opposant à l’impérialisme.

Dans la prochaine année, le contrôle de Port-au-Prince par des forces militaires étrangères sera au menu des impérialistes. Sous prétexte qu’ils voudront empêcher les gangs armés de faire des ravages, les impérialistes chercheront à mater la grogne populaire par la force. Le Washington Post plaidait récemment en faveur de cette stratégie criminelle en écrivant : « Sans une intervention internationale musclée, les souffrances du pays s'aggraveront. Ignorer cette réalité, c'est être complice du mépris du monde pour l'angoisse d'Haïti. » Marchant dans les pas de Luis Almagro, le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), qui a récemment plaidé en faveur du retour des soldats des Nations Unies en Haïti, le représentant permanent du Canada auprès de l'OEA, Hugh Adsett, a déclaré : « Le Canada est prêt, désireux et capable d'accompagner les Haïtiens sur cette voie pour sortir de la crise. » Toute la bourgeoisie impérialiste et compradore abonde dans ce sens et instrumentalise la lutte contre la criminalité pour arriver à ses fins. Les représentants de cette bourgeoisie sont entre autres l'ambassadeur du Canada à l'ONU, Bob Rae, la directrice du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Helen La Lime, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Gutierrez, le président de la République dominicaine, Luis Abinader, le ministre des Affaires étrangères d’Haïti et des Cultes, Jean Victor Geneus, et l'ambassadeur du Canada en Haïti, Sébastien Carrière. Il est à noter qu’à l’été, le Canada a soutenu une prolongation d'un an du BINUH, ce qui en dit long sur ses intentions. En somme, il faut s’attendre à ce que les impérialistes aillent « rétablir l’ordre » à leur avantage et non à celui des masses haïtiennes. Les impérialistes masquent leurs visées véritables, car en réalité, ils n’ont pas intérêt à redonner aux Haïtiens le contrôle de leur économie pour qu’enfin ils aient des conditions de vie décentes. Ottawa soutient les politiciens haïtiens qui mènent le pays à sa perte, qui se graissent la patte et qui sèment la terreur avec leurs conflits de gangsters. Encore une fois, Ottawa fera tout pour saper l’élan populaire visant à ce que le peuple haïtien regagne sa dignité et sorte de la pauvreté la plus abjecte.

La révolte actuelle des Haïtiens fait suite aux nombreuses expériences de résistance populaire massive ayant eu lieu dans les dernières années. Les masses ont paralysé leur pays lors des grèves générales de juillet 2018 à décembre 2019 en raison de l’augmentation du prix du carburant imposée par le Fond monétaire international (FMI). L’écrasante majorité des Haïtiens voulaient alors se débarrasser du président corrompu Jovenel Moïse qui a malheureusement été maintenu au pouvoir grâce à l’infâme soutien de Washington et d’Ottawa. Le même scénario abject s’est reproduit au début de l’année 2021 et se reproduit une nouvelle fois aujourd’hui avec Ariel Henry, le président ayant succédé à Jovenel Moïse suite à son assassinat en juillet 2021.

Depuis sa lutte de libération nationale victorieuse et avant-gardiste au tout début du 19e siècle, Haïti a fait l’objet de la plus grande répression économique et politique de la part de la France, des États-Unis et de leurs alliés pour empêcher la première république de l’histoire fondée par un peuple d’esclaves coloniaux de prospérer. Aujourd’hui, les impérialistes, notamment américains, mettent encore une fois tout en œuvre pour conserver leur hégémonie politique sur le pays par le biais d’interventions militaires et par l’entretien de bourgeois compradore qui mettent Haïti à la dérive. La férocité impérialiste interdit aux Haïtiens de se doter d’un gouvernement qui viendrait miner la cour arrière des États-Unis en se liant à d’autres mouvements de résistance anti-impérialiste d’Amérique Centrale et du Sud et en générant de nouvelles luttes libératrices par émulation. Les impérialistes font usage de toutes les ruses pour éviter les « vides de pouvoir » qui pourraient se retrouver à la faveur des Haïtiens et des autres peuples dominés du continent. Ils sèment la mort par milliers, non seulement en lâchant périodiquement leurs soldats et leurs policiers sur le territoire haïtien, mais aussi en faisant bondir les prix et en sapant l’indépendance économique du pays. Alors que la population haïtienne s’insurge devant l’inflation transférée par les États-Unis, elle n’a plus rien à perde et se révolte avec courage et ténacité. Notre tâche au Canada consiste à l’appuyer et à lutter de toutes nos forces contre l’État bourgeois canadien.

Justin Trudeau observe un défilé avec des jumelles

Un grand nombre de travailleurs au pays s’inquiètent avec raison de la situation qui s’est développée en Europe de l’Est au cours de l’hiver dernier.

Militaires américains avec un hélicoptère en arrière-plan

Le retrait chaotique et humiliant des troupes américaines d’Afghanistan au mois d’août dernier ainsi que la victoire spectaculaire des talibans après vingt ans de lutte armée contre l’occupation impérialiste constituent un événement de portée historique.

Montagnes rouges de l'Afghanistan

Alors que la guerre d’agression contre l’Afghanistan déclenchée en 2001 par les États-Unis et l’OTAN vient de prendre fin avec l’expulsion de leurs forces armées et l’effondrement de leur régime fantoche, le 5eCongrès du Parti communiste révolutionnairedu Canada tient à saluer le courage et la ténacité dont ont fait preuve les masses afghanes au cours des vingt dernières années d’occupation de leur pays par les armées impérialistes occidentales.

Manifestation pour la Palestine libre
Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.

Vendredi matin, le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas est entré en vigueur après 11 jours d’affrontements des plus meurtriers.

Manifestation colombienne contre la vie chère
Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.

Depuis maintenant plus de deux semaines, le peuple de Colombie descend massivement dans la rue et se révolte courageusement contre le gouvernement réactionnaire et pro-impérialiste d’Iván Duque Márquez.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne