Monde

Le 7 septembre dernier, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Port-au-Prince et d’autres villes d’Haïti pour dénoncer la vie chère, l’insécurité et la corruption dans leur pays. Cette manifestation faisait suite au crescendo de dizaines de marches et de sit-in ayant eu lieu au printemps et à l’été dernier pour exprimer les revendications du peuple haïtien. Depuis le 7 septembre, des manifestations combatives et de grande envergure ont pris forme aux quatre coins du pays. Les manifestants ont paralysé des communes côtières comme Port-de-Paix, Petit-Goâve ou encore Jérémie. Des barricades constituées de roches, de pneus incendiés et de véhicules ont été dressées un peu partout sur l’Île. Ces manifestations font écho à celles du 22 août dernier qui avaient des allures similaires et qui coïncidaient avec l'anniversaire du soulèvement d'esclaves de 1791, soulèvement à l’origine de la longue lutte pour l'indépendance politique d'Haïti obtenue en 1804.

Les voix se sont élevées dans les cortèges pour appeler à faire tomber le premier ministre Ariel Henry impopulaire et illégitime sur le plan constitutionnel, mais aussi pour crier au manque de travail dans un pays dont le taux officiel de chômage augmente de manière fulgurante depuis deux ans, étant passé de l’inquiétant taux de 13,91% en 2019 au taux de 15,73% en 2022. En Haïti, 60% de la population subsiste avec 2$ par jour. « À bas la misère! », a-t-on pu entendre dans les manifestations. « On besoin d’argent pour vivre! »

En Haïti, la flambée des prix à la consommation est des plus dures. L’essence se fait de plus en plus rare, et lorsqu’il y en a, elle coûte plus de 15$ US le gallon. Par conséquent, les Haïtiens qui ont un travail ne peuvent plus s’y rendre. Aussi, les prix des biens essentiels montent en flèche, comme par exemple le riz dont le prix a quadruplé. L’inflation est au taux de 30% et promet encore de monter. Des milliers d’Haïtiens meurent de malnutrition et de manque d’accès à l’eau, aux installations sanitaires et aux soins. Jean Baden Dubois, gouverneur de la banque centrale d'Haïti, a déclaré que l'économie se contracterait probablement de 0,4% cette année, après une forte dépréciation de la monnaie gourde.

Parallèlement, dans un tel contexte de pauvreté, la criminalité est devenue endémique. Les enlèvements et les meurtres de centaines de civils par des gangs se multiplient depuis quelques mois, plongeant la population dans la terreur. Les guerres de territoire de gangs dans le bidonville de Cité Soleil auraient entraîné la mort ou la disparition de 470 Haïtiens, incluant des enfants, et ce, en seulement une semaine à l’été dernier.

Devant la montée de la protestation populaire, l’Unité de lutte contre la corruption, sous la direction du ministère de l’économie et des finances d’Haïti, s’est résignée à publier timidement, le 25 août, un rapport de 30 pages qui fait la recension d’une dizaine de combines et d’irrégularités dans des mairies, des agences gouvernementales et des écoles du pays. Le maigre rapport, qui ne dévoile que la pointe de l’iceberg, conclut que cette corruption gouvernementale aurait coûté 4 millions de dollars US dans les derniers mois.

Le triste sort d’Haïti est le produit de siècles de domination par les puissances occidentales, allant du colonialisme à l’impérialisme et de l’esclavagisme à l’exploitation économique et politique « modernes ». Cette domination impérialiste se manifeste à un niveau presque inégalé sur le globe. Depuis les années 1990, le pays est le théâtre d’opérations militaires, de coups d’État, de répressions sanglantes, d’occupations, le tout orchestré par les États-Unis, les Nations Unies et leurs complices, dont le Canada. Haïti est victime d’un interminable pillage et sa population est plongée dans une misère toujours plus indicible d’année en année. Souvenons-nous de la participation du Canada dans l’intervention militaire musclée de 1994 ou encore de son rôle dix ans plus tard, aux côtés de la France et des États-Unis, dans l’invasion de 2004 et dans l’occupation militaire qui a duré jusqu’en 2019.

Les mots de Joe Biden, alors sénateur du Delawar, en 1994, résument bien l’état d’esprit des impérialistes qui piétinent la population haïtienne sans remord depuis plus d’un siècle : « Si Haïti s'enfonçait tranquillement dans les Caraïbes ou montait de 300 pieds, cela n'aurait pas beaucoup d'importance en termes d'intérêt. » Nul besoin de souligner que la majorité des Haïtiens considèrent que les puissances étrangères ne cherchent qu’à semer le chaos dans leur pays : faim, choléra, violence, désintégration des institutions. Tous les maux s’abattent sur eux et la domination impérialiste en est l’instigatrice. Dans ce contexte de vie inhumain, l’on assiste au plus grand exil planétaire depuis 2004, celui d’Haïtiens qui embarquent par centaines sur des bateaux à destination des Keys de la Floride, au péril de leur vie, dans l’espoir d’une vie meilleure sur les terres de l’envahisseur américain.

Présentement, le plan de l’impérialisme américain est de maintenir au pouvoir Ariel Henry le plus longtemps possible, contrairement à ce qu’il en était en 1991, 1994 et 2004, car l’actuel président est une marionnette de l’impérialisme, ce que Jean-Bertrand Aristide n’était pas. D’ailleurs, l'appel d'Aristide à la restitution de la dette de plus de 21 milliards de dollars payés injustement pour l'indépendance d'Haïti explique en partie le coup d’État de 2004 qui avait été piloté par les États-Unis, la France et le Canada pour chasser du pouvoir cet opposant à l’impérialisme.

Dans la prochaine année, le contrôle de Port-au-Prince par des forces militaires étrangères sera au menu des impérialistes. Sous prétexte qu’ils voudront empêcher les gangs armés de faire des ravages, les impérialistes chercheront à mater la grogne populaire par la force. Le Washington Post plaidait récemment en faveur de cette stratégie criminelle en écrivant : « Sans une intervention internationale musclée, les souffrances du pays s'aggraveront. Ignorer cette réalité, c'est être complice du mépris du monde pour l'angoisse d'Haïti. » Marchant dans les pas de Luis Almagro, le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), qui a récemment plaidé en faveur du retour des soldats des Nations Unies en Haïti, le représentant permanent du Canada auprès de l'OEA, Hugh Adsett, a déclaré : « Le Canada est prêt, désireux et capable d'accompagner les Haïtiens sur cette voie pour sortir de la crise. » Toute la bourgeoisie impérialiste et compradore abonde dans ce sens et instrumentalise la lutte contre la criminalité pour arriver à ses fins. Les représentants de cette bourgeoisie sont entre autres l'ambassadeur du Canada à l'ONU, Bob Rae, la directrice du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Helen La Lime, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Gutierrez, le président de la République dominicaine, Luis Abinader, le ministre des Affaires étrangères d’Haïti et des Cultes, Jean Victor Geneus, et l'ambassadeur du Canada en Haïti, Sébastien Carrière. Il est à noter qu’à l’été, le Canada a soutenu une prolongation d'un an du BINUH, ce qui en dit long sur ses intentions. En somme, il faut s’attendre à ce que les impérialistes aillent « rétablir l’ordre » à leur avantage et non à celui des masses haïtiennes. Les impérialistes masquent leurs visées véritables, car en réalité, ils n’ont pas intérêt à redonner aux Haïtiens le contrôle de leur économie pour qu’enfin ils aient des conditions de vie décentes. Ottawa soutient les politiciens haïtiens qui mènent le pays à sa perte, qui se graissent la patte et qui sèment la terreur avec leurs conflits de gangsters. Encore une fois, Ottawa fera tout pour saper l’élan populaire visant à ce que le peuple haïtien regagne sa dignité et sorte de la pauvreté la plus abjecte.

La révolte actuelle des Haïtiens fait suite aux nombreuses expériences de résistance populaire massive ayant eu lieu dans les dernières années. Les masses ont paralysé leur pays lors des grèves générales de juillet 2018 à décembre 2019 en raison de l’augmentation du prix du carburant imposée par le Fond monétaire international (FMI). L’écrasante majorité des Haïtiens voulaient alors se débarrasser du président corrompu Jovenel Moïse qui a malheureusement été maintenu au pouvoir grâce à l’infâme soutien de Washington et d’Ottawa. Le même scénario abject s’est reproduit au début de l’année 2021 et se reproduit une nouvelle fois aujourd’hui avec Ariel Henry, le président ayant succédé à Jovenel Moïse suite à son assassinat en juillet 2021.

Depuis sa lutte de libération nationale victorieuse et avant-gardiste au tout début du 19e siècle, Haïti a fait l’objet de la plus grande répression économique et politique de la part de la France, des États-Unis et de leurs alliés pour empêcher la première république de l’histoire fondée par un peuple d’esclaves coloniaux de prospérer. Aujourd’hui, les impérialistes, notamment américains, mettent encore une fois tout en œuvre pour conserver leur hégémonie politique sur le pays par le biais d’interventions militaires et par l’entretien de bourgeois compradore qui mettent Haïti à la dérive. La férocité impérialiste interdit aux Haïtiens de se doter d’un gouvernement qui viendrait miner la cour arrière des États-Unis en se liant à d’autres mouvements de résistance anti-impérialiste d’Amérique Centrale et du Sud et en générant de nouvelles luttes libératrices par émulation. Les impérialistes font usage de toutes les ruses pour éviter les « vides de pouvoir » qui pourraient se retrouver à la faveur des Haïtiens et des autres peuples dominés du continent. Ils sèment la mort par milliers, non seulement en lâchant périodiquement leurs soldats et leurs policiers sur le territoire haïtien, mais aussi en faisant bondir les prix et en sapant l’indépendance économique du pays. Alors que la population haïtienne s’insurge devant l’inflation transférée par les États-Unis, elle n’a plus rien à perde et se révolte avec courage et ténacité. Notre tâche au Canada consiste à l’appuyer et à lutter de toutes nos forces contre l’État bourgeois canadien.

Justin Trudeau observe un défilé avec des jumelles

Un grand nombre de travailleurs au pays s’inquiètent avec raison de la situation qui s’est développée en Europe de l’Est au cours de l’hiver dernier.

Militaires américains avec un hélicoptère en arrière-plan

Le retrait chaotique et humiliant des troupes américaines d’Afghanistan au mois d’août dernier ainsi que la victoire spectaculaire des talibans après vingt ans de lutte armée contre l’occupation impérialiste constituent un événement de portée historique.

Montagnes rouges de l'Afghanistan

Alors que la guerre d’agression contre l’Afghanistan déclenchée en 2001 par les États-Unis et l’OTAN vient de prendre fin avec l’expulsion de leurs forces armées et l’effondrement de leur régime fantoche, le 5eCongrès du Parti communiste révolutionnairedu Canada tient à saluer le courage et la ténacité dont ont fait preuve les masses afghanes au cours des vingt dernières années d’occupation de leur pays par les armées impérialistes occidentales.

Manifestation pour la Palestine libre
Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.

Vendredi matin, le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas est entré en vigueur après 11 jours d’affrontements des plus meurtriers.

Manifestation colombienne contre la vie chère
Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.

Depuis maintenant plus de deux semaines, le peuple de Colombie descend massivement dans la rue et se révolte courageusement contre le gouvernement réactionnaire et pro-impérialiste d’Iván Duque Márquez.

Joe Biden et Kamala Harris célébrant leur victoire électorale
Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce de la victoire de Joe Biden aux élections américaines du 7 novembre dernier, les médias bourgeois « libéraux » ont diffusé en boucle des images de foules en liesse exprimant leur appui au Parti démocrate dans plusieurs grandes villes américaines.

Homme au milieu d'un quartier dévasté
Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.

Depuis un mois et demi déjà, la population du Haut-Karabakh subit une fois de plus les affres d’une guerre injuste, dont les hostilités ont été déclenchées par le gouvernement de l’Azerbaïdjan.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne