Militaires américains avec un hélicoptère en arrière-plan

Le retrait chaotique et humiliant des troupes américaines d’Afghanistan au mois d’août dernier ainsi que la victoire spectaculaire des talibans après vingt ans de lutte armée contre l’occupation impérialiste constituent un événement de portée historique.

Le peuple afghan a prouvé devant le monde entier que l’impérialisme américain, en dépit de son armement massif et ultra-sophistiqué, n’était rien d’autre qu’un tigre de papier. Comme on vient de le voir, même si les impérialistes et les réactionnaires peuvent avoir momentanément le dessus sur les peuples qu’ils cherchent à soumettre grâce à leurs ressources matérielles considérables, leur défaite à long terme est assurée puisque leurs intérêts s’opposent à ceux des masses populaires.

Pourtant, ce n’était pas difficile à prévoir. Les forces d’occupation et leurs marionnettes locales ne jouissaient d’aucune légitimité auprès des larges masses du pays : elles n’étaient appuyées que par une mince couche de la population qui profitait de leur présence et de la corruption monumentale qui en découlait. L’armée afghane elle-même était une armée corrompue composée de mercenaires qui n’avaient aucun intérêt moral à se sacrifier pour servir des intérêts étrangers. Par ailleurs, comme l’ensemble du peuple afghan, les soldats de l’armée souhaitaient la paix par-dessus tout après vingt ans d’affrontements sanglants inutiles. C’est ce qui explique pourquoi ils ont pratiquement laissé les talibans s’emparer des grandes villes du pays sans livrer de combat.

Les médias impérialistes n’ont cessé de présenter le retrait des troupes américaines comme une catastrophe pour le peuple afghan — comme si l’occupation avait servi ses intérêts pendant les vingt dernières années. On a montré en boucle les images de foules fuyant la «barbarie des talibans» en se ruant vers l’aéroport de Kaboul et en se massant aux frontières du pays. Évidemment, on a omis de mentionner que l’invasion de l’OTAN a poussé, entre 2001 en 2021, au moins 2,1 millions d’Afghans à quitter le pays, en plus d’en avoir déplacé 3,2 millions à l’intérieur des frontières nationales. Contrairement à ce qu’ont laissé entendre les médias bourgeois, la vraie catastrophe afghane a commencé en 2001 et elle vient de prendre fin. Selon les données du projet «Costs of War» de l’Université Brown, la guerre déclenchée par les États-Unis et l’OTAN en Afghanistan a entraîné la mort directe de 176000 personnes, dont 46319 civils, 52893 talibans et combattants rebelles, et 69095 soldats et policiers afghans. Et c’est sans parler du nombre d’Afghans, plusieurs fois plus élevé, ayant perdu la vie en raison de la maladie, de la faim et d’autres conséquences indirectes de la guerre.

Les médias affirment que l’arrivée au pouvoir des talibans va anéantir les «progrès» en matière de droits des femmes qui auraient été réalisés grâce à l’occupation américaine. Il faut rappeler que dès le début, l’un des principaux prétextes brandis par l’administration Bush pour envahir et bombarder l’Afghanistan, outre la «lutte contre le terrorisme», était la nécessité de «libérer les femmes afghanes» du joug des talibans. Encore aujourd’hui, on affirme que «nos» soldats canadiens ont fait la guerre vaillamment pour combattre l’obscurantisme religieux et émanciper les Afghanes. En réalité, l’intervention militaire de l’OTAN poursuivait des objectifs beaucoup moins nobles. Elle servait essentiellement à renforcer la domination américaine en Asie centrale, région du monde hautement stratégique en raison de sa proximité avec la Russie et la Chine et des immenses gisements de pétrole et de gaz qui s’y trouvent.

Non seulement le but de leur guerre n’avait rien à voir avec la libération des Afghanes, mais les impérialistes américains, dans le cadre de leur intervention, ont appuyé et porté au pouvoir l’Alliance du Nord, un front composé de seigneurs de guerre et de fondamentalistes islamistes ayant appliqué, lorsqu’ils étaient au pouvoir entre 1992 et 1996, des mesures anti-femmes similaires à celles des talibans. Plus largement, on doit souligner que l’impérialisme américain est lui-même responsable d’avoir renforcé l’influence du fondamentalisme religieux en Afghanistan en ayant armé et soutenu divers groupes islamistes — les moudjahidines — dans les années 1980 pour combattre les Soviétiques. Les États-Unis et le Canada soutiennent par ailleurs depuis des lustres des régimes islamiques extrêmement répressifs envers les femmes tels que l’Arabie Saoudite et le Pakistan, ce qui suffit à démontrer toute leur hypocrisie.

Preuve que l’occupation n’a rien apporté de bon à la majorité des Afghanes, l’organisation Human Rights Watch signalait en 2017, soit seize ans après l’invasion américaine, que les deux tiers des filles afghanes n’allaient pas à l’école. Par ailleurs, 41 % des écoles n’avaient pas de bâtiment. Certes, le nouveau régime des talibans opprimera brutalement les femmes. Cela dit, pendant les vingt dernières années, ce ne sont pas les talibans, mais bien les forces d’occupation impérialistes qui ont représenté le principal obstacle à leur émancipation. En effet, la libération des femmes au sein d’un pays arriéré nécessite la suppression des rapports sociaux féodaux et le développement de forces productives modernes, processus qui ne peut pas se produire si le pays demeure politiquement et économiquement soumis à des intérêts étrangers.

Maintenant que les forces d’occupation impérialistes ont été chassées du pays, la lutte des travailleurs, des paysans, des femmes et des forces progressistes d’Afghanistan peut se déployer principalement contre les forces réactionnaires intérieures : contre les classes féodales et bourgeoises-compradore afghanes. Comme l’a déclaré le Parti communiste (maoïste) d’Afghanistan le 28 août dernier : «[L] a défaite des impérialistes américains en Afghanistan a démontré leur faillite militaire, politique, idéologique et morale, et la farce du projet d’édification nationale imposé par l’impérialisme. Cela contribuera à dissiper les illusions et à développer et renforcer l’esprit de résistance et de lutte dans les masses. La nature théocratique et violente du régime des talibans attirera inévitablement les masses populaires à rejoindre les rangs de la lutte politique contre eux». On doit avoir entièrement confiance en la capacité du peuple afghan à trouver lui-même la voie menant vers son émancipation complète.

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne