Justin Trudeau observe un défilé avec des jumelles

Un grand nombre de travailleurs au pays s’inquiètent avec raison de la situation qui s’est développée en Europe de l’Est au cours de l’hiver dernier.

Ils craignent non seulement les conséquences immédiates de la guerre sur leur propre situation — telle qu’une hausse encore plus élevée qu’avant du prix des marchandises essentielles —, mais aussi et surtout le danger bien réel que le conflit ne dégénère encore plus et finisse par conduire à une guerre mondiale impliquant un affrontement entre puissances nucléaires. Afin d’empêcher que ces inquiétudes légitimes ne se transforment en opposition déclarée à sa propre politique pro-guerre et à l’exploitation qu’elle fait elle-même subir au prolétariat, la bourgeoisie doit s’assurer que la colère du peuple soit canalisée contre ses ennemis à elle.

Ainsi, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, la bourgeoisie des pays impérialistes occidentaux s’est lancée dans une campagne intensive de propagande visant à faire porter l’entièreté de la responsabilité du conflit sur le gouvernement russe — voire sur Vladimir Poutine exclusivement — et à présenter l’Ukraine comme une simple victime d’une « guerre non provoquée ».

Masquant le rôle majeur, voire prépondérant, joué au cours de la dernière décennie par les pays de l’OTAN et par Kiev dans la montée des tensions ayant mené à la situation actuelle, cette propagande de guerre vise essentiellement à convaincre les travailleurs occidentaux d’appuyer l’escalade militaire contre la Russie au lieu d’exiger la fin des hostilités et de se dresser contre la politique impérialiste de « leurs » gouvernements.

Présentée comme un soutien moralement justifié à une guerre qui serait purement « défensive », l’intervention des pays de l’OTAN dans la guerre en Ukraine ne vise en réalité à rien d’autre qu’à permettre aux bourgeoisies impérialistes de ces pays, et principalement à celle des États-Unis, de s’attaquer à la montée d’un concurrent économique important — la bourgeoisie russe —, en plus de renforcer leur propre sphère d’influence en Europe de l’Est et d’accroître l’exploitation qu’ils font eux-mêmes subir au peuple ukrainien.

Loin d’être une guerre d’auto-défense légitime, la guerre à laquelle on assiste est une guerre réactionnaire opposant deux camps impérialistes, c’est-à-dire deux groupes rivaux de capitalistes se disputant les marchés et les sources de profit et faisant ainsi preuve de la même volonté d’expansion agressive.

Dans ce conflit, le régime nationaliste de Kiev est utilisé comme un chien de guerre par ses maîtres impérialistes occidentaux pour mener une lutte destructrice contre la Russie, et ce, au détriment des masses populaires d’Ukraine qui servent de chair à canon dans ce carnage absurde.

Contrairement à ce que prétendent les politiciens bourgeois occidentaux, les livraisons massives d’armement effectuées par les pays de l’OTAN en appui à leur marionnette Zelensky ne constituent d’aucune manière une aide au peuple ukrainien.Au contraire, cet « appui » sert à l’asservir davantage et ne fait que prolonger sa souffrance en l’obligeant à mener une guerre « jusqu’au dernier ukrainien ». Les ouvriers d’Ukraine n’ont intérêt ni à voir cette guerre se prolonger, ni à voir la victoire de Kiev et de l’OTAN. Il en va de même des ouvriers canadiens, qui n’ont intérêt ni à appuyer la politique belliciste du gouvernement Trudeau et de la bourgeoisie impérialiste canadienne, ni à soutenir l’alliance militaire prédatrice — l’OTAN — à laquelle « leur » bourgeoisie prend part.

Une guerre en grande partie provoquée par l’OTAN

Contrairement à ce que laissent entendre les médias bourgeois occidentaux, la guerre en Ukraine n’a pas été déclenchée parce que Vladimir Poutine serait un « dictateur » fou qui aurait décidé un jour d’envahir son voisin pour accroître sa puissance personnelle et détruire la démocratie dans le monde. En fait, la guerre en Ukraine est le fruit d’un antagonisme économique qui mûrit depuis environ deux décennies entre la bourgeoisie des États-Unis et des principaux pays de l’OTAN, d’une part, et la bourgeoisie russe (ainsi qu’indirectement la bourgeoisie chinoise), d’autre part. Si les tensions en Europe et ailleurs dans le monde se sont aiguisées dans les dernières années, c’est en raison de la montée, contraire aux intérêts de l’impérialisme occidental, de nouveaux concurrents impérialistes, soit la Russie et la Chine, et non d’une soi-disant opposition entre la « démocratie » et la « dictature ». Cet antagonisme profond, dont les racines se situent non pas dans la psychologie de tel ou tel dirigeant, mais bien dans les rapports de production capitalistes (qui sont les mêmes en Occident et en Russie), a conduit les représentants politiques des deux camps à multiplier les actions hostiles menaçant la paix internationale. Et en fait, contrairement à ce que laisse croire la propagande bourgeoise occidentale, c’est le camp de l’impérialisme américain dominant qui s’est montré le plus actif, et de loin, dans la lutte destructrice pour l’hégémonie mondiale au cours des trente dernières années.

En ce qui concerne l’Ukraine, les États-Unis et les pays de l’OTAN s’ingèrent activement dans le pays depuis son « indépendance » au début des années 1990 en bafouant allègrement sa souveraineté nationale et y en semant la division et l’instabilité. Pour s’en tenir aux événements récents, ils ont dirigé, en 2014, un coup d’État — le soulèvement « Maïdan » — en s’appuyant sur des organisations fascistes et d’extrême-droite locales telles que le Secteur droit et Svoboda. Poursuivant une stratégie visant à endiguer l’ascension de la bourgeoisie russe en étendant leur sphère d’influence et leur présence militaire toujours plus à l’Est, les États-Unis et l’OTAN ont soutenu la mise en place d’un régime nationaliste ouvertement hostile à la Russie, régime ultra-réactionnaire à composante fasciste qui a rapidement commencé à opprimer les russophones et les minorités nationales d’Ukraine. Ignorant la volonté légitime des populations de l’Est du pays qui ont décidé de former des républiques séparées en réponse à l’instauration de ce régime oppressif, le nouveau gouvernement ukrainien subordonné aux impérialistes occidentaux a plutôt décidé de déclencher une guerre meurtrière contre la population de ces républiques en utilisant des milices paramilitaires néo-nazies comme le régiment Azov pour écraser les séparatistes, guerre dont les médias occidentaux ont très peu parlé bien qu’elle ait fait plus de 13 000 morts, dont des milliers de civils entre 2014 et 2020 selon l’ONU.

Au lieu de favoriser une résolution pacifique du conflit, les impérialistes occidentaux ont poussé l’Ukraine à se militariser et à maintenir une politique anti-russe belliqueuse malgré la volonté des masses ukrainiennes. Entre 2015 et 2022, les pays de l’OTAN ont déployé directement des centaines de soldats sur le territoire du pays et y ont tenu des exercices militaires. Surtout, ils ont incité l’Ukraine à vouloir rejoindre l’Alliance atlantique, ce que la Russie ne pouvait pas tolérer étant donné la proximité de l’Ukraine avec son propre territoire (imaginons un instant comment les États-Unis réagiraient si, par exemple, le Mexique s’apprêtait à rejoindre une alliance militaire hostile dirigée par la Chine). En somme, les impérialistes occidentaux ont eux-mêmes fait naître une guerre en Ukraine huit ans avant l’invasion russe du 24 février 2022, et ils ont constamment provoqué la Russie par la suite pour qu’elle intervienne militairement dans le pays.

Le rôle joué par l’impérialisme canadien dans le conflit

Depuis la dislocation de l’URSS en 1991 provoquée sous la pression de l’impérialisme occidental, le Canada a joué un rôle actif en tant que fidèle allié des États-Unis dans le processus de pénétration du capital financier occidental au sein des pays faisant anciennement partie du camp socialiste (dont l’Ukraine qui a été soumise, notamment sous l’influence des politiciens canadiens, à une politique de libéralisation économique extrême et à l’esclavage financier du FMI) ainsi que dans la mise en œuvre de la stratégique d’encerclement militaire de la Russie. Notamment, n’en déplaise aux défenseurs du mythe du « pacifisme » canadien, le Canada a joué un rôle important dans la campagne de bombardement criminelle menée par l’OTAN contre la Serbie en 1999, campagne au cours de laquelle les CF-18 canadiens ont officiellement largué plus de 500 bombes sur des cibles militaires aussi bien que sur des infrastructures civiles. Avec l’intervention de 1992-1995 en Bosnie-Herzégovine, cette agression de l’OTAN en plein cœur de l’Europe avait servi à étendre la domination de l’impérialisme occidental dans les Balkans et en Europe de l’Est et avait montré la vraie nature offensive de l’alliance militaire (laquelle a par la suite envahi l’Afghanistan et bombardé la Libye, encore une fois avec la participation du Canada). C’est suite à cette agression que l’OTAN a pris de l’expansion de manière provocatrice vers les frontières russes, une expansion que les politiciens bourgeois canadiens ont constamment encouragée avec initiative et enthousiasme en dépit des avertissements lancés par la Russie.

Pas plus tard qu’en janvier dernier, alors que les tensions étaient au plus haut point, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, réaffirmait le soutien canadien à l’expansion de l’Alliance atlantique en déclarant : « La position du Canada n’a pas changé… Nous pensons que l’Ukraine devrait pouvoir rejoindre l’OTAN ». Cette déclaration était conséquente avec la politique menée par le Canada en Ukraine depuis le coup d’État pro-occidental de 2014. En effet, après avoir soutenu aux côtés de ses alliés le violent soulèvement anti-gouvernemental ayant mené au renversement du président élu Viktor Yanukovych, l’impérialisme canadien, à l’instar de l’impérialisme américain et ouest-européen, s’est ingéré de manière prolongée dans le pays, notamment en y déployant du personnel militaire pour assurer la « modernisation » de l’armée ukrainienne (c’est-à-dire son « interopérabilité » avec les forces de l’OTAN) et pour l’appuyer dans la répression sanglante des séparatistes du Donbass.

Entre avril 2015 et les jours précédant l’invasion russe, les Forces armées canadiennes ont eu une présence constante de 200 membres en Ukraine. Ces militaires canadiens ont entraîné, dans le cadre de l’opération Unifier, plus de 33 000 soldats ukrainiens, préparant ainsi le terrain à la guerre actuelle contre la Russie. Dans le cadre de cette mission ayant coûté 890 millions de dollars aux travailleurs canadiens, le Canada a notamment entraîné des membres du régiment Azov, milice néo-nazie intégrée depuis 2014 dans la Garde nationale de l’Ukraine. C’est d’ailleurs le régiment Azov, armé par l’impérialisme occidental, qui a récemment joué un rôle central dans la « défense » de Marioupol et dont les combattants ont été présentés comme des « héros » dans les médias occidentaux.

À présent, le Canada, bien qu’ayant retiré ses soldats du pays juste avant l’invasion russe, participe activement à la guerre menée par l’Ukraine contre la Russie en fournissant des armes en quantités massives à Zelensky et aux fascistes ukrainiens ainsi qu’en permettant à plus de 1 000 mercenaires canadiens de combattre dans l’armée ukrainienne (ces mercenaires étant si nombreux qu’ils ont leur propre bataillon — la « Brigade ukrainienne canadienne » — au sein de la Légion étrangère ukrainienne). Concernant les livraisons d’armes, le Canada a déjà envoyé, depuis le début de l’invasion russe, 130 millions de dollars à l’Ukraine en équipements militaires, y compris en armes lourdes telles que des obusiers M777 et des véhicules blindés. Le 24 mai dernier, la ministre canadienne de la Défense nationale, Anita Anand, a annoncé que le Canada enverra plus de 20 000 obus d’artillerie de munitions à l’Ukraine. Il s’agit d’une partie seulement des 500 millions de dollars d’aide militaire à l’Ukraine prévus dans le dernier budget fédéral. Ces livraisons d’armes, qui s’ajoutent à celles effectuées par les États-Unis et par les autres pays de l’OTAN, montrent bien que l’armée ukrainienne actuelle, qui a été bâtie par l’impérialisme occidental et qui dépend entièrement de son appui matériel, agit comme une armée étrangère dans son propre pays (sans parler de son action intrusive dans les républiques de Donetsk et de Lougansk ayant proclamé leur séparation de l’Ukraine). C’est une armée « sous-traitante » des États-Unis, du Canada, de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne dans la guerre que les bourgeoisies de ces pays mènent indirectement contre la Russie afin de conserver leur domination mondiale.

Parallèlement à son appui matériel à l’armée ukrainienne, le Canada a également renforcé sa présence militaire en Europe de l’Est en y déployant des centaines de soldats supplémentaires suite à l’invasion russe de l’Ukraine. Présentement, environ 1 375 membres des Forces armées canadiennes sont stationnés en Europe centrale et en Europe de l’Est dans le cadre de l’opération REASSURANCE de l’OTAN, y compris 500 marins à bord de deux frégates, 695 militaires dirigeant « un groupement tactique » en Lettonie, 140 membres de l’Aviation royale canadienne et six avions de chasse CF-18 participant aux « activités de police aérienne renforcée » de l’OTAN. De plus, 3 400 membres des Forces armées canadiennes sont en état d’alerte et peuvent être déployés au besoin au sein de la Force de réaction de l’OTAN. Cette présence militaire accrue de l’impérialisme canadien en Europe de l’Est, en plus d’être contraire à la souveraineté nationale des peuples de la région, contribue à une escalade militaire extrêmement périlleuse entre l’Occident et la Russie, escalade qui menace d’aboutir à la Troisième Guerre mondiale.

Pour finir, en plus de leur intervention militaire en Europe, les impérialistes canadiens ont imposé, conjointement avec leurs alliés américains et européens, une série de sanctions économiques contre la Russie, sanctions qui participent à l’aiguisement de l’antagonisme avec l’État bourgeois russe en plus d’affecter massivement des travailleurs n’ayant rien à voir avec la guerre actuelle et de semer le chaos dans l’économie mondiale. Le Canada s’est montré particulièrement agressif dans cette vaste campagne internationale, la ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, ayant par exemple mené la charge pour que soient gelées les réserves de la Banque centrale de la Fédération de Russie détenues à l’étranger, soit 300 milliards de dollars. Cette mesure s’est ajoutée à l’exclusion des banques russes du système de transactions SWIFT, rouage essentiel de la finance internationale, ainsi qu’à d’autres sanctions visant diverses entités et divers secteurs de l’économie russe tels que ceux de l’énergie et des transports. Et c’est sans parler du retrait de plus de 300 grandes compagnies occidentales de la Russie.

Conséquemment à cette asphyxie économique organisée par les impérialistes occidentaux, l’inflation en Russie atteint des sommets (17 % en avril) et la production nationale est mise à mal, frappant de plein fouet les prolétaires russes. Par exemple, les usines d’Avtovaz (groupe Renault-Nissan), géant de la production automobile employant des dizaines de milliers de travailleurs, ont dû interrompre leur production en raison d’une pénurie de composants importés, mettant les ouvriers au chômage technique. Aussi, le maire de Moscou a déclaré en avril s’attendre à 200 000 pertes d’emploi en raison du départ d’un grand nombre de compagnies occidentales. C’est précisément le but recherché froidement par les impérialistes : semer le chaos dans le pays visé en faisant souffrir son peuple pour déstabiliser son gouvernement. Mais les sanctions imposées à la Russie n’affectent pas seulement les travailleurs russes : leurs impacts se font ressentir partout et participent notamment à la hausse mondiale des prix en limitant les capacités d’exportation de la Russie et en affectant les chaînes d’approvisionnement. Elles s’inscrivent, comme la guerre en Ukraine elle-même, dans un affrontement inter-impérialiste qui nuit aux intérêts de la majorité de l’humanité.

Les travailleurs canadiens ont les mêmes intérêts que les travailleurs russes, ukrainiens, et du monde entier : ils ont intérêt à la paix mondiale et à la fin de l’exploitation. Les bourgeoisies des grandes puissances capitalistes, elles, ont intérêt à la guerre, puisque c’est par ce moyen qu’elles parviennent à étendre leur contrôle sur les marchés et les sources de profit, sans parler des marchands d’armes qui, de part et d’autre, tirent un profit direct de la boucherie impérialiste. La classe ouvrière canadienne doit refuser d’adhérer à la propagande de guerre des médias bourgeois : elle doit s’opposer fermement à l’intervention du Canada en Ukraine et à la lutte menée par les puissances occidentales contre la Russie. Elle doit se dresser contre les actions de « sa » propre bourgeoisie, c’est-à-dire contre les envois d’armes et de mercenaires en Ukraine, contre la présence des troupes canadiennes en Europe ainsi que contre toutes les sanctions imposées à la Russie. À la tendance à la guerre inhérente à la concurrence capitaliste, la classe ouvrière de chaque pays doit opposer la lutte pour le socialisme, seul moyen d’atteindre la paix définitive entre les nations !

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne