Article originellement paru dans le journal Iskra, l’ancien organe central du PCR-Canada.
Photo aérienne de Montréal

Le Parti communiste révolutionnaire met actuellement en place un vaste mouvement d’organisation et de liaison avec la classe ouvrière et les grands groupes du prolétariat. L’objectif est de faire naître, à mesure que progressera ce mouvement, des formes d’action révolutionnaire parmi les masses (ARM) nouvelles, durables et de plus en plus puissantes.

Ce mouvement est en même temps une large enquête révolutionnaire, c’est-à-dire un processus d’accumulation de connaissances factuelles au service de la révolution. La première étape de ce mouvement consiste à se déployer et à s’installer partout au sein de l’ensemble des luttes réelles menées par notre classe.

Les communistes, aujourd’hui, doivent reconnaître l’importance de la notion d’enquête révolutionnaire et se l’approprier. La méthode de l’enquête révolutionnaire est un acquis des expériences historiques communistes. Elle est inscrite dans l’héritage des luttes déterminantes et victorieuses du passé. En effet, chaque parti révolutionnaire qui est parvenu à prendre le pouvoir dans l’histoire a réussi à refléter, à comprendre et à totaliser correctement la société dans laquelle il agissait. L’enquête révolutionnaire est une nécessité, une arme politique fondamentale. Elle est l’antidote à tous les apriori idéalistes de l’époque actuelle et à la confusion propagée par les forces politiques ayant consciemment ou inconsciemment rejeté le marxisme. Elle permet de confronter nos idées avec la réalité et de laisser s’exprimer les choses telles qu’elles sont. L’enquête, c’est découvrir et révéler l’essentiel de la réalité; c’est s’armer de la vérité des faits. C’est chercher à comprendre les liens et les rapports entre les choses afin d’agir sur elles et les transformer.

L’enquête doit permettre de parvenir à la connaissance du monde objectif, à la vérité. De vastes domaines de connaissances fondamentaux à l’activité révolutionnaire doivent être couverts par ce processus : l’économie du pays, la production, les forces productives – avec notamment leur concentration et leur répartition sur le territoire –, les grands groupes du prolétariat, les liens réels au sein du mouvement ouvrier, et ainsi de suite. Développer une connaissance approfondie de ces aspects fondamentaux de la réalité est l’un des buts que se donne notre journal et c’est avec cet angle d’attaque que nous cherchons à armer notre mouvement. Qui, aujourd’hui, parmi ceux et celles disant aspirer à la révolution, peut prétendre avoir une fine connaissance des principaux aspects de la société dans laquelle ils vivent, ou simplement s’y intéresser? Pourtant, il est absurde de penser qu’il soit possible de mener une lutte pour le socialisme à terme sans avoir développé la maîtrise de ces champs de connaissance. Il est impensable que la classe ouvrière accepte de s’organiser sous la direction d’un parti ne possédant pas les connaissances élémentaires sur la production et sur les grands groupes composant la société.

La cartographie des 10 grands groupes du prolétariat que notre journal a publiée récemment est déjà un résultat de l’enquête révolutionnaire de notre parti. Il s’agit d’une première couche de connaissance devant maintenant être approfondie. Ce type d’exercice n’est pas nouveau dans l’histoire du mouvement communiste. Par exemple, les partis de la Troisième Internationale avaient tous une fine analyse de la physionomie du prolétariat des pays dans lesquels ils opéraient. Ils avaient une connaissance impressionnante des différents secteurs économiques, des industries, des groupes et des couches du prolétariat ainsi que des syndicats et du mouvement ouvrier dans son ensemble. De même, on ne peut passer sous silence l’expérience du plus grand parti du Komintern, le Parti communiste chinois, ainsi que la fameuse enquête de Mao Tse-Toung dans le Hounan, laquelle a permis de développer le fil conducteur de la guerre populaire en Chine. Voici un extrait du Rapport sur l’enquête menée dans le Hounan à propos du mouvement paysan, rédigé par Mao :

« Au cours de mon récent voyage dans le Hounan, j’ai fait une enquête sur place concernant la situation dans cinq districts : Siangtan, Sianghsiang, Hengchan, Liling et Tchangcha. Pendant trente-deux jours, du 4 janvier au 5 février, dans les villages et les chefs-lieux de district, j’ai convié à des entretiens des paysans ayant de l’expérience ainsi que des militants du mouvement paysan, et j’ai écouté attentivement ce qu’ils me rapportaient ; cela m’a permis de recueillir un ample matériel. Bien des aspects du mouvement paysan se sont révélés être l’exact contraire de ce que j’avais eu l‘occasion d’entendre de la bouche des hobereaux à Hankeou et à Tchangcha. J’ai vu et entendu bien des choses étonnantes dont je n’avais jamais eu connaissance jusque-là. »

Les fondateurs du matérialisme historique avaient, eux aussi, ancré profondément l’enquête révolutionnaire dans leur conception du combat pour le communisme, et ce, dès le début de leur parcours. L’une des premières enquêtes révolutionnaires de l’histoire, celle de Friedrich Engels dont les résultats sont rapportés dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre, en témoigne :

« La situation de la classe ouvrière est la base réelle d’où sont issus tous les mouvements sociaux actuels parce qu’elle est en même temps la pointe extrême et la manifestation la plus visible de la misérable situation sociale actuelle. […] La connaissance des conditions de vie du prolétariat est une nécessité absolue si l’on veut assurer un fondement solide aux théories socialistes aussi bien qu’aux jugements sur leur légitimité, mettre un terme à toute les divagations et affabulations fantastiques pro et contra. [...] Les véritables conditions de vie du prolétariat sont si peu connues chez nous, que même les philanthro­piques « Associations pour l’élévation des classes laborieuses » au sein desquelles notre bourgeoisie actuelle maltraite la question sociale, prennent continuellement pour points de départ les opinions les plus ridicules et les plus insipides sur la situation des ouvriers. »

Tous les partis communistes dans le monde se doivent d’enquêter perpétuellement et sans relâche sur la réalité économique et sociale de leur pays, sur les conditions d’existence des classes sociales qui le composent et sur les luttes menées par les classes exploitées. L’analyse de classe d’un pays est centrale dans la préparation et le déploiement de la guerre populaire ainsi que dans la mise en œuvre de tout processus de prise du pouvoir par les révolutionnaires. Ce sont les grands groupes composant les masses populaires qui façonnent le monde tel qu’il existe. Ce sont ces grands groupes rassemblant des millions d’individus qu’il faut faire basculer à terme dans le camp de la révolution. Se positionner au sein de ces grands groupes est une nécessité stratégique pour les révolutionnaires, car cest seulement de cette manière que le mouvement communiste et l’action révolutionnaire finissent par s’inscrire au cœur de la réalité sociale.

La connaissance que notre parti accumule et continuera d’accumuler sur la production et sur les grands groupes du prolétariat est précieuse. C’est pourquoi notre journal lutte présentement pour être présent de manière de plus en plus systématique dans l’ensemble des combats prolétariens qui se développent. Nos militants et nos journalistes révolutionnaires ne peuvent bien sûr pas être présents partout au pays : c’est pourquoi le développement d’antennes et de correspondants, capables de nous alimenter en matériaux et en informations diverses sur la réalité du prolétariat canadien, est une tâche brûlante. Nous appelons largement les travailleurs et les travailleuses du pays à écrire au comité de rédaction de notre journal pour lui faire parvenir des nouvelles, des récits de lutte ainsi que des primeurs et des remarques sur l’actualité de la lutte des classes. Nous appelons les prolétaires à nous tenir informés des événements importants et des combats qui doivent être soulignés. Ce sont ces matériaux qui permettent à notre journal de dire la vérité et de produire de nombreuses révélations sur l’exploitation capitaliste, sur la résistance à celle-ci et sur la manière de lutter pour y mettre fin en faisant la révolution.

Pour transformer le monde objectif, il faut d’abord le comprendre!

Saisissons-nous de l’enquête révolutionnaire afin de mener à terme la lutte pour le socialisme et le communisme! Développons partout des réseaux du journal de la révolution et du combat prolétarien!

Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne